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On l’a vu gesticuler dans tous les sens et poser avec des drapeaux de l’Union européenne dans de nombreux médias. Si Michael O’Leary, patron de la compagnie irlandaise Ryanair, s’est autant engagé contre le Brexit, c’est pour une raison : la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est une petite catastrophe pour le transporteur à la harpe. La campagne du bouillant patron n’a pas payé et sa rancœur est tenace. "Il y a une bande de poulets sans tête (au Royaume-Uni). Ils ne savent pas pour quoi ils ont voté et n’ont aucune idée d’où cela va les mener", a expliqué M. O’Leary ce mercredi à Edimbourg. Mais comment une compagnie irlandaise, et donc membre de l’Union européenne, peut-elle être tant affectée par le Brexit ? Explications.

1. Le marché britannique est vital pour Ryanair. Près d’un tiers (28 %) de l’ensemble des revenus de Ryanair provient du Royaume-Uni. L’instabilité régnant pour l’instant sur les îles britanniques est donc une mauvaise affaire pour la compagnie irlandaise qui craint un fort ralentissement économique, voire une récession en Grande-Bretagne. "Nous allons recevoir 50 nouveaux Boeing cette année et dix d’entre eux étaient prévus pour le Royaume-Uni. Mais vu la situation, aucun ne se posera là-bas. Ces avions vont être réorientés sur l’Europe continentale, dont le marché est plus stable" , a expliqué M. O’Leary. La chute de la livre sterling a aussi un impact direct sur les revenus de Ryanair dont les principales dépenses sont en euros (personnel) ou en dollars (kérosène, achats d’avion).

2. Un actionnariat qui devient gênant. L’autre grande crainte de Ryanair est moins directe, mais s’annonce comme un véritable tremblement de terre pour le transporteur irlandais. Si le Brexit devient effectif, Ryanair pourrait perdre son statut de compagnie européenne et se voir quasiment interdite de vols au sein de l’Union. Le problème vient de l’actionnariat de Ryanair, composé à près de deux tiers de fonds américains et britanniques (voir infographie). Or en cas de Brexit, les actionnaires britanniques, actuellement européens, seront considérés comme "étrangers" aux yeux de l’UE. Ils vont devenir gênants pour Ryanair. La Commission impose ainsi que les prises de participation "étrangères" (non-Union européenne) n’excèdent pas 49,9 % du capital d’une compagnie aérienne. 

Au-delà, le transporteur perd son statut européen et tous les privilèges qui y sont attachés. Et ces avantages sont nombreux : libre accès au marché intra-européen ou encore droits de trafic illimité avec des pays tiers comme les Balkans, les Etats-Unis, Israël ou le Maroc. S i Ryanair a pu s’étendre aussi rapidement en Europe, c’est grâce à ces privilèges. Elle peut théoriquement relier n’importe quelles villes européennes, sans demander aucune autorisation. Pour les compagnies "étrangères", il est au contraire très compliqué, voire impossible de pénétrer le lucratif marché intra-européen (donc entre deux destinations européennes). Le vol de la compagnie Ethiopian entre Bruxelles et Milan n’est, par exemple, autorisé que comme une escale vers Addis Adeba, en Ethiopie. En fait, chaque compagnie étrangère doit négocier âprement des accords bilatéraux avec les pays européens de destinations. Si le Brexit est effectif et que l’actionnariat de Ryanair ne change pas, la compagnie, dont la majorité des revenus provient de liaisons intra-européennes, pourra quasiment mettre la clé sous le paillasson. Un scénario extrême dont on est encore très loin. Le Royaume-Uni pourrait ainsi très bien négocier des accords aériens spécifiques avec l’Union européenne, comme l’a fait la Norvège. L’actionnariat de Ryanair peut aussi très vite changer, voire déménager.

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