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La Banque centrale européenne a laissé jeudi ses taux inchangés pour ne pas créer un sentiment de panique après les attentats, tout en laissant la porte ouverte à un geste si l'économie mondiale venait à vaciller. Le maintien du taux directeur à 4,25 pc, niveau auquel il avait été fixé à la fin août, ne constitue pas une surprise. Le président de l'institut d'émission Wim Duisenberg l'avait quasiment justifié par avance, en mettant en garde la veille à Bruxelles contre une action «précipitée» qui donnerait une impression d'affolement. Et jeudi, le président de la Bundesbank, Ernst Welteke, qui siège au sein de l'instance dirigeante de la BCE, a appelé les banques centrales à ne pas se laisser gagner par «l'émotion».

Pour autant, l'institut de Francfort ne reste pas les bras croisés et continue à tranquilliser les marchés financiers. Les gardiens de l'euro ont à nouveau injecté des liquidités supplémentaires dans le circuit financier, 40 milliards d'euros, portant à 110 milliards d'euros au total les fonds mis à la disposition des banques en l'espace de deux jours.

La BCE a également conclu un accord d'échange (swap) de devises avec la Réserve fédérale américaine, portant sur 50 milliards de dollars, afin d'alimenter en billets verts les entreprises européennes qui seraient dans le besoin, compte tenu de la fermeture de Wall Street. La BCE mettra les dollars à disposition des banques centrales nationales de l'Eurosystème, qui alimenteront à leur tour les banques européennes «dont les opérations ont été affectées par les perturbations récentes aux Etats-Unis». «Il se pourrait que des banques européennes manquent actuellement de dollars pour leurs activités» en raison notamment de la fermeture des marchés financiers américains.

«La solidité et la résistance fondamentales du système économique américain ne seront pas affectées par les événements récents», a dit la BCE dans un communiqué. Un communiqué de nature exceptionnelle puisqu'habituellement l'institut n'en publie jamais lorsqu'elle laisse ses taux inchangés et qu'aucune conférence de presse n'est programmée. Malgré tout, les gendarmes monétaires entendent rester vigilants. «Le conseil des gouverneurs va surveiller de près l'évolution de l'économie américaine et mondiale», a-t-elle promis. Une manière de laisser ouverte l'option d'un assouplissement monétaire en cas d'impact brutal des attentats sur l'activité, particulièrement sur le front de la consommation des ménages.Dès avant la tragédie de mardi, l'économie européenne montrait déjà des signes de faiblesse. Au deuxième trimestre, elle a fait du surplace avec une progression de seulement 0,1 pc du PIB par rapport au trimestre précédent, selon les derniers chiffres publiés hier.

EN BELGIQUE

Depuis Hanoï où il représente l'Union européenne au sommet de l'Asem (relations économiques Europe-Asie), le ministre de l'Economie, Charles Picqué, a également tenu à se montrer rassurant à l'égard des consommateurs. «Si des conséquences économiques découlent inévitablement de ces événements, il faut éviter d'y ajouter des comportements inspirés par la panique», peut-on lire dans un communiqué.

Et le ministre, chargé du secteur des assurances, d'expliquer qu'il suit de près les difficultés que pourraient rencontrer les compagnies belges d'assurance suite à une hausse possible des primes payées aux réassureurs.

Pour ce qui est du marché pétrolier, Charles Picqué se réjouit de l'efficacité du nouveau mécanisme de lissage des prix introduit en mai dernier: «il est évident qu'en d'autres circonstances une augmentation du baril d'une telle ampleur (ndlr: de 27,26 dollars à 29,05 dollars) aurait déclenché une succession de prix à la hausse. Ce ne fut pas le cas aujourd'hui.»

© La Libre Belgique 2001