Entreprise

Avec Pierre L’Hoest, fondateur et patron de la société liégeoise EVS, et Jacques Galloy, directeur financier, nous tenons un duo de talent ! Mi-2009, ils étaient arrivés en tête du classement "du meilleur management" des entreprises cotées en Bourse, en Belgique, réalisé par Thomson Reuters. Nous les avons rencontrés vendredi, au lendemain de la publication de résultats financiers mitigés.

EVS tournait à plein régime depuis de nombreuses années. En 2009, et sans mauvais jeu de mots par rapport au métier qu’est le vôtre, la société a connu un (quasi) arrêt sur image… La très belle “machine” qu’est EVS s’est grippée ?

Pierre L’Hoest (P.L.). C’est le monde du sport qui s’est grippé, pas EVS ! Nos technologies s’inscrivent dans des politiques d’investissement de sociétés qui ont la particularité de travailler avec des décisions prises trois ou quatre mois à l’avance (NdlR : ces sociétés dépendent de l’octroi des droits audiovisuels de grands événements sportifs). La crise a pesé sur leurs choix. L’année écoulée a aussi été marquée par un autre phénomène propre au secteur dans lequel évolue EVS : le passage à la HD (haute définition). Beaucoup de diffuseurs en Europe, où nous faisons plus de 50 % de notre chiffre d’affaires, ont décidé de faire une pause dans leurs investissements.

Jacques Galloy (J.G.). On peut objectiver nos performances en voyant que l’industrie a connu une baisse moyenne d’activité de 25 %. EVS fait - 30 %. Mais en 2008, nous avions pu compter sur l’impact très positif des Jeux olympiques de Pékin et de l’Euro de football. Si on fait abstraction de ces contrats de location de matériel, forcément absents en 2009, EVS fait - 26 %. On est donc parfaitement dans la moyenne.

Les investisseurs et analystes financiers ont malgré tout été déçus… Ils ont tort de s’inquiéter pour le futur d’EVS ?

J.G. Nous avons pris l’habitude de communiquer sur deux éléments. D’une part, sur notre stratégie de long terme; d’autre part, sur nos réalisations trimestre après trimestre. Les analystes, eux, ne font qu’une seule chose : scruter les résultats trimestriels.

Vous laissez entendre que les indicateurs trimestriels ne sont pas forcément pertinents pour une société comme EVS ?

J.G. On peut se poser la question EVS connaît un cycle bisannuel lié aux grands événements sportifs (NdlR : les années paires ont toujours été plus porteuses). En arrêtant les résultats à chaque trimestre, on crée de fortes fluctuations. On a donc appris à relativiser les réactions des marchés. Cela étant, l’action EVS était à 25 euros il y a un an, nous en sommes à 42.

P.L. 2009, assez curieusement, a aussi été une année d’opportunités pour EVS. On a pu attirer de nouveaux collaborateurs expérimentés. Depuis le mois de septembre, une vingtaine d’ingénieurs ont rejoint la société (NdlR : fin 2009, EVS employait 276 personnes). Par ailleurs, nos dépenses en R&D ont progressé de 21,5 %. On a aussi ouvert des centres à Bruxelles et à Paris.

On constate un net recul de votre percée dans les studios en 2009. C’était pourtant l’une de vos priorités ?

P.L. Il y a eu, du fait de la crise, un nombre important de sociétés audiovisuelles qui ont décidé de reporter des projets d’investissement, en particulier dans le domaine de la HD. On a malgré tout conclu un contrat avec Sky News (NdlR : contrat sur cinq ans supérieur à 4 millions d’euros). C’est pour nous un contrat de référence car Sky a non seulement reconnu la qualité des produits EVS existants, mais aussi notre capacité à en produire de nouveaux. C’est le signe d’une reconnaissance importante de la stratégie suivie par EVS.

J.G. Nous avons d’autres gros projets en vue dans le domaine des studios.

Vous dites prévoir une croissance des ventes à deux chiffres pour 2010. Qu’est-ce qui vous rend si optimistes ?

J.G. Les locations de matériel pour les JO de Vancouver et la Coupe du Monde de football en Afrique du Sud, soit près de 7 millions d’euros, nous permettent déjà d’enregistrer une croissance de 10 %. On s’attend par ailleurs à une grosse reprise de nos ventes en Asie. Les projets en HD, gelés en 2009, vont aussi s’accélérer à partir de la fin de cette année et se maintenir en 2011. Ces quelques indicateurs nous permettent de dire que le plus dur est derrière nous et qu’EVS va rebondir en 2010.