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Le titre Fortis a perdu 9,59 pc hier, en Bourse de Bruxelles, ce qui porte à 26,58 pc sa chute depuis lundi. Analyse de ce phénomène.

1 Pourquoi le cours de Fortis recule-t-il davantage que celui de ses concurrents ? La notoriété du groupe financier belgo-néerlandais est plus grande. "La chute des actions concerne toutes les valeurs financières, mais Fortis est plus en vue", constate le porte-parole de la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA). Fortis attire donc davantage de mouvements spéculatifs. En l'occurrence, la tendance fondamentale étant à la baisse des valeurs financières, le petit jeu boursier consiste à "shorter" les actions des banques telles que Fortis. C'est-à-dire que l'on vend des actions que l'on ne possède pas encore, pour acheter ensuite lesdites actions plus tard afin de dénouer la position, lorsque le cours de Bourse aura baissé. Avec un bénéfice, puisque le cours était plus élevé au moment de la vente.

2 Qui joue Fortis à la baisse ? De vils spéculateurs, diront certains. Mais ceux qui achètent des actions pour les revendre avec une plus-value ne sont-ils pas aussi des spéculateurs ? Toujours est-il que l'ampleur de la baisse a incité les titulaires de gros portefeuilles à suivre le mouvement pour ne pas devenir les dindons de la farce. Bref, la spéculation s'auto-alimente. Parmi ceux qui vendent des titres Fortis, on trouve aussi bien des fonds spéculatifs, qui "shortent" l'action, que des fonds classiques qui, en gestionnaires avisés, allègent leur portefeuille, parce que la performance des actions bancaires - et certaines plus que d'autres - ne leur convient plus.

3 La chute boursière va-t-elle affecter la solvabilité de la banque ? Deux réponses sont possibles. D'une part, on peut distinguer cours de Bourse et solvabilité de l'institution financière. Ce n'est pas parce que son cours recule qu'une banque ne remplit plus les conditions de stabilité exigées par la loi. "Toutes les banques doivent répondre à des conditions de solvabilité très strictes", indique le porte-parole de la CBFA. "Aujourd'hui, il n'y a aucune raison de penser que Fortis n'entrerait plus dans ces conditions à l'avenir." D'autre part, il faut reconnaître qu'une banque dont la valeur boursière a fondu aura plus de mal à trouver des capitaux par le biais d'emprunts, ce qui peut affecter sa solvabilité. "Mais il n'y a pas de problème si la banque n'a pas besoin de capitaux", indique un banquier. Or Fortis doit encore trouver 4 milliards d'euros. Mais on est loin des besoins de liquidités qui étaient ceux d'AIG.

4 Quel risque pour l'épargnant ? Si l'inconcevable se produisait, à savoir une faillite de la première banque du pays, la garantie des dépôts interviendrait à concurrence de 20 000 euros par créancier. "Mais il n'y a aucune raison de paniquer", assure le porte-parole de la CBFA. "C'est surtout l'actionnaire qui trinque", rappelle un banquier qui souligne toutefois que beaucoup de clients de Fortis se sont vu conseiller des placements comportant des actions de la banque. Ils sont donc déçus du cours de Bourse et en profitent pour changer également leur épargne de banque. Mais il n'y a pas de mouvement de panique, selon les "outsiders" du secteur bancaire belge, interrogés hier. "Les clients de Fortis continuent à affluer, mais la banque ne se vide pas de ses clients", assure Stephane Vermeiren, de Rabobank.be. "Nous ne profitons pas d'un mouvement de panique", explique Thibault de Barsy, de Keytrade. Yves Delacollette (Deutsche Bank) estime quant à lui que Fortis souffre d'un traitement injuste et dit vouloir une compétition honnête : "Nous n'accepterions pas qu'on leur tire dans le dos maintenant. Il faut se montrer solidaires dans la gestion d'une crise."