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Albert Frère, le patron emblématique du Groupe Bruxelles Lambert (GBL), contrôlé par les familles Frère et Desmarais, aurait-il quelques sentiments de frustration ? A lire de récentes déclarations, on serait tenté de le croire

Dans une interview accordée au "Soir" ce week-end, Paul Desmarais Jr, le partenaire canadien du groupe Frère, lâche quelques phrases qui montrent en effet que le holding coté à Bruxelles s’interroge sur ses participations dans les groupes énergétiques français Total et GDF Suez (maison mère d’Electrabel). "A-t-on vocation à rester dans des groupes de telle taille ou plutôt aller vers des positions où nous pouvons avoir une influence significative ? Il est sûr qu’à terme - je ne sais pas combien d’années - je serais plutôt favorable à des propositions de type Imerys où nous avons maintenant 57 % du capital et où GBL exerce un contrôle plus définitif" , souligne Paul Desmarais. Ce dernier, prudent, se garde bien de donner une échéance ou même d’avouer une déception en termes de performance boursière.

Pour un analyste bruxellois, c’est " la première fois que la frustration du Groupe Frère est clairement exprimée" . Concernant GDF Suez, cela ne fait que confirmer les rumeurs. On sait que le groupe dirigé par Gérard Mestrallet a été confronté à quelques revers de taille : le blocage du prix du gaz en France, la baisse du prix du gaz sur les marchés "spot" qui rend ses contrats d’approvisionnement (liés au prix du pétrole) très peu concurrentiels, la taxe nucléaire en Belgique couplée à la sortie du nucléaire confirmée à partir de 2015. Comme l’a révélé "La Libre", il y a aussi les difficiles négociations avec l’Ondraf sur les provisions pour le démantèlement des centrales nucléaires et le traitement des déchets. Tout cela, c’est ce qu’on appelle "le risque régulatoire", qui pèse clairement sur le cours de Bourse. L’action a perdu 14 % depuis trois ans, contre une hausse de 36 % pour l’indice parisien CAC40.

Autre élément qui déplaît à GBL, c’est le fait d’être devenu le deuxième actionnaire, largement derrière l’Etat français, après la fusion de Suez avec Gaz de France en juillet 2008. "Quand nous étions à 10 %, seuls, sans autre gros actionnaire, nous avions plus de liberté d’action. C’était moins compliqué" , lâche Paul Desmarais.

Ce qui peut paraître plus étonnant c’est que le groupe Frère veuille se défaire de sa participation dans Total acquise au moment de la cession en 1998 de la société belge PetroFina. Bien que pour les analystes ce n’est pas une réelle surprise. " L’évolution du cours de Total est décevante par rapport aux autres grandes valeurs pétrolières" , souligne un analyste. Depuis 2006, l’action (hors dividende) a perdu 23,55 % contre un recul de 14,1 % pour l’indice pétrolier européen. Même en tenant compte des dividendes, Total performe moins bien : + 2 % contre une progression de 10 % pour l’indice depuis 2006.

En plus de cette sous-performance, certains analystes se demandent si Albert Frère n’est pas aussi déçu par le niveau du dividende, lui qui est si fort attaché à cet élément-là. Et les perspectives ne sont pas très positives à cet égard. Fin février, la banque d’affaires Morgan Stanley sortait une étude qui exprimait des doutes sur la capacité du groupe pétrolier à augmenter son dividende. Elle estime que Total aura du mal à augmenter son dividende, notamment parce qu’il ne parviendra à améliorer suffisamment son flux de trésorerie, malgré un prix du baril de pétrole assez élevé.

Comme pour GDF Suez se pose donc la question du pouvoir d’influence. Même si Christophe de Margerie, le patron de Total, ne manque pas de faire des courbettes à "son ami" Albert Frère quand il vient parler aux Grandes Conférences Catholiques