Entreprise

Le richissime homme d’affaires belge d’origine néo-zélandaise, George Arthur Forrest, a annoncé lundi avoir racheté 75 % des parts de la cristallerie du Val Saint-Lambert. “Je suis heureux d’acquérir cette société de renommée mondiale, intimement liée à l’histoire de la Belgique, de la province de Liège et à la qualité extraordinaire de son artisanat”, a-t-il commenté. L’objectif de M. Forest est de pérenniser l’activité et l’emploi sur le site. L'acquisition s'inscrit dans un cadre privé. Val Saint-Lambert n'intégrera dès lors pas le périmètre de consolidation des sociétés du Groupe Forrest.

La cristallerie de Seraing qui, avec la sidérurgie, a fait la fortune et la renommée de la ville, a connu depuis les années 60 une histoire chaotique. Fondée comme verrerie en 1826, l’entreprise s’est spécialisée dans la taille du cristal une vingtaine d’années plus tard. C’est en 1879 qu’elle prend le nom de “Cristalleries du Val Saint-Lambert”. A l’époque, elle emploie 5000 travailleurs. Dans les années 1930, ils ne sont plus que 3000.

De mains publiques en mains privées

Le déclin s’amorce dès la fin des années 60. En 1971, l’entreprise est rachetée par l’Etat belge, qui la revend en 1975 à la Région wallonne. 1987 est l’année de la privatisation avec la reprise par l’homme d’affaires Patrick Depuydt. Le Courtraisien ne restera pas longtemps à la tête des Cristalleries puisqu’il la revend en 1995 à la Région wallonne.

Le savoir-faire des artisans du Val est connu dans le monde entier (les pièces en cristal sont soufflées à la bouche et taillées à la main) mais ces produits luxueux n’ont plus la cote et ce malgré des tentatives de moderniser les designs. Les pouvoirs publics wallons essaient de maintenir l’entreprise à flot mais leur recherche d’un repreneur échoue. La faillite est déclarée en 2002.

Les faillites se succèdent

L’année suivante, la Bruxelloise Sylvie Henquin rachète la cristallerie pour 1,1 million d’euros et l’introduit en Bourse en 2005. La nouvelle patronne tente de diversifier la production grâce à une ligne de bijoux et veut ouvrir des magasins un peu partout dans le monde. Mais c’est de nouveau un échec cuisant avec une mise en faillite en 2008. L’entreprise n’emploie plus que 63 personnes.

Quelques mois plus tard, le tandem belge Justin Onclin et Pierre Grivegnée prend les commandes. Leur projet industriel fonctionne un temps, avec l’aide financière de la Région wallonne, mais c’est encore la faillite au bout du chemin, en 2013.

En 2014, le Val Saint-Lambert passe dans les mains du Bruxellois Jacques Somville qui ouvre en 2016 un magasin de 500 m2 à Dubaï, tablant sur les goûts pour ce type de produits des grosses fortunes du Golfe. Encore raté.

Un parfum de soufre

Et voici donc le dernier propriétaire en date, George Arthur Forrest. L’homme, dont la famille a bâti sa richesse dans la province congolaise du Katanga, traîne un parfum de soufre, même s’il n’a jamais été condamné. A la fin des années 2000, il a été accusé par des ONG de s’être livré à des pillages de minerais. En 2015, George Arthur Forrest était épinglé par “Mediapart” comme partie prenante dans le scandale du Kazakhgate, ce qu'il a nié.