Entreprise Correspondante à Athènes

Il est tard. La place de la constitution a été rendue depuis longtemps à la circulation mais l’air y est toujours chargé de gaz lacrymogènes. Y rester ne serait-ce que 5 minutes provoque des pleurs et des éternuements en série. Les affrontements entre les manifestants les plus radicaux et les forces anti-émeutes ont eu raison des résolutions pacifistes de la majorité des manifestants descendus en masse dans les rues du pays.

C’est que la crise économique et institutionnelle grecque se transforme en une véritable crise politique et dégénère en crise sociale. Pour preuve les 200 000 manifestants - 125 000 selon la police - dont beaucoup battaient le pavé pour la première fois comme Yiannos, qui dit ne plus pouvoir accepter cette rigueur : " Ils veulent qu’en une nuit on règle tous les problèmes du pays ! C’est pas possible, j’ai 72 ans je ne veux pas mourir dans la misère ! Qu’ils partent ! On n’en veut plus ! Ce gouvernement n’arrive à rien avec cette austérité, il nous tue à petit feu c’est tout ce qu’il fait ." Tous autour de lui acquiescent. Des gens de tous les âges, des toutes les couches sociales, de tous les horizons politiques. De l’extrême droite à l’extrême gauche, ils sont tous venus réclamer le départ du gouvernement et de la Troika et l’abandon définitif de la politique d’austérité.

"Une seule solution, la révolution", scandent en rythme les lycéens présents dans les cortèges. Certains, cagoulés, commencent à lancer des bouteilles d’eau contre les forces anti-émeutes qui ne bronchent pas. La colère et la rage des manifestants s’est cristallisée sur la barrière en métal qui protégeait le Parlement. Ils ont lancé dessus une pluie de cocktails molotov, de pierres, de morceaux de marbre et tout ce qui leur passait sous la main. La barrière a reculé d’un mètre mais elle a tenu bon. Des voitures ont flambé, des vitrines ont volé en éclats des barricades d’ordures ont pris feu dans différents quartiers d’Athènes mais après 5 heures d’échauffourées, un semblant de calme est revenu dans la capitale.

Les grands gagnants de ces deux jours de grève générale ce sont les syndicalistes. Montrés du doigt par l’ensemble de la population à cause de leurs salaires et avantages extravagants il y a quelques mois, désormais ils sont suivis par cette même population qui se radicalise. C’est à l’Etat qu’ils s’en prennent désormais, en occupant depuis plusieurs jours les ministères.

Reste que de nombreux députés socialistes ont de plus en plus de mal à voter l’austérité. D’autant que Louka Katseli, l’ancienne ministre du Travail et de l’Economie, a soulevé 40 députés socialistes et tous refusent quelles qu’en soient les conséquences de voter pour la déréglementation des conventions collectives de travail. Papandreou est plus isolé que jamais tout comme son Parlement assiégé par les forces anti-émeute qui le protègent et les manifestants qui le vomissent.

Le climat reste extrêmement tendu et tout va se jouer aujourd’hui : est-ce que la police fera preuve de la même retenue si la mobilisation est aussi massive ? C’est toute la question, car le désespoir et la colère sont tels qu’il suffit d’une étincelle pour que tout bascule.

Irini, militante de toujours, est aux anges : "E nfin! Ça bouge. Il a fallu aller loin dans l’austérité pour que les gens descendent enfin dans la rue." Aujourd’hui elle va, comme beaucoup d’autres, enfermer le Parlement ; " Cette loi ne peut pas, ne doit pas, passer"...