Entreprise

Le journal "Le Monde" a été paralysé lundi par une grève sans précédent destinée à protester contre un plan de 130 suppressions d'emplois et de cessions d'actifs ayant pour but, selon la direction, de redresser les comptes du quotidien de référence de la presse française (quelque 320 000 exemplaires vendus chaque jour). Selon le journal, il s'agit de la première grève pour un conflit interne de l'histoire du quotidien depuis sa création en 1944.

La grève intervient sur fond de crise de la presse écrite française, frappée par la concurrence des journaux gratuits et d'internet. Des plans de redressement ont déjà frappé les quotidiens "Le Figaro" et "Libération", ainsi que plusieurs titres de la presse régionale. "Le Monde" n'est pas sorti lundi, ce qui signifie qu'il n'était pas disponible à Paris et dans les grandes métropoles dans l'après-midi et, ce mardi, dans les régions. Le site Internet n'a publié aucun article des journalistes du quotidien.

Plusieurs centaines de salariés du groupe se sont rassemblés devant le siège du journal, boulevard Blanqui à Paris, brandissant des pancartes où l'on pouvait lire : "Le Monde dévore ses enfants" et "Fottorino fossoyeur" (le président du directoire du journal, NdlR). Une assemblée générale du personnel a voté par 251 voix pour et 4 abstentions une motion demandant la modification du plan de redressement, avec notamment la suppression des départs "contraints" et l'abandon des cessions d'actifs dans le secteur des magazines. Les modalités détaillées du plan doivent être présentées ce mardi en comité d'entreprise. Les syndicats ont prévu une nouvelle assemblée générale du personnel mercredi.

Un quart de la rédaction visé

Le plan présenté le 4 avril par le directoire du groupe prévoit la suppression de 85 emplois de journalistes, soit un quart des effectifs de la rédaction, et de 45 emplois administratifs. Les départs se feront éventuellement de manière "contrainte", a averti la direction. Est prévue aussi la cession de plusieurs entités du groupe : Fleurus Presse, les Editions de l'Etoile (société éditrice des "Cahiers du cinéma"), le mensuel "Danser" et le réseau de librairies spécialisées en littérature religieuse La Procure. Selon la direction, le projet permettra de retrouver l'équilibre financier du groupe dès 2009 et de dégager un résultat positif en 2010.

L'intersyndicale du journal demande que la direction "s'engage dans un véritable dialogue social". Après la gestion critiquée de Jean-Marie Colombani qui a multiplié les acquisitions mais aussi creusé l'endettement du groupe, sur fond de problèmes récurrents dans la distribution et les coûts généraux de fabrication des journaux "papiers", "Le Monde" a connu une longue crise de direction, dont Eric Fottorino est sorti récemment vainqueur après des déchirements publics.

"Le problème a aussi ses racines dans la crise que traverse la presse française. [...] C'est un problème d'équilibre économique en France pour les conditions d'impression, de fabrication, de distribution de quotidiens nationaux", a expliqué aux journalistes Michel Delberghe, représentant du syndicat CFDT. "C'est une véritable interrogation qu'il faut reprendre, qui concerne le journal Le Monde proprement dit mais adresse aussi un vrai message d'interpellation auprès des responsables économiques et politiques s'ils souhaitent conserver une presse de qualité et indépendante", a-t-il ajouté.