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Si la restructuration annoncée par AB Inbev passe si mal, c’est en premier lieu parce que le groupe n’est pas en difficulté. La CSC le dit encore clairement dans son communiqué publié hier. "Les travailleurs d’InBev mènent un combat légitime. Ce combat vise à préserver des emplois que l’on ne souhaite sacrifier que pour étancher la soif de gains et de bonus des actionnaires et de la haute direction. Un combat contre le bain de sang social", souligne le syndicat chrétien.

Et c’est vrai que le groupe brassicole, qui a racheté l’Américain Anheuser Bush en 2008, semble florissant. Son bénéfice net a atteint 1,89 milliard d’euros en 2008 (dont près d’un milliard devrait être distribué sous forme de dividendes). C’est la meilleure performance des sociétés de l’indice boursier belge Bel 20 derrière GDF Suez (4,8 milliards) mais qui est un groupe français. C’est en tout cas beaucoup plus que les autres grandes sociétés belges comme Belgacom (800 millions d’euros), Delhaize (467 millions) ou Solvay (405 millions).

Le groupe brassicole a par ailleurs réalisé un bénéfice avant impôt de 2,5 milliards. Par rapport à ce montant, il a payé un impôt de 445 millions en 2008 (derniers chiffres disponibles). Cela paraît peu. Cela correspond à un taux d’impôt effectif de 17,8 %. En termes absolus, c’est à peine le double de ce que paie une société nettement plus petite comme Belgacom mobile.

La raison? Des latences fiscales (pertes fiscales reportables d’une année à l’autre). On peut aussi supposer des charges d’intérêt déductibles en augmentation (de 549 à 909 millions d’euros) suite au rachat d’Anheuser Bush qui a fait passer la dette à 45 milliards de dollars.

Il y a quelques jours, les syndicats affirmaient également que le groupe avait bénéficié des intérêts notionnels (système de déduction fiscale lié à une augmentation de capital de la société). Ils avaient cité le chiffre de 70 millions d’euros. Au siège louvaniste du groupe, on ne répond pas clairement sur ce point. "La maison-mère Anheuser Busch n’a pas bénéficié d’intérêts notionnels en 2008. Le montant des intérêts déductibles suite au rachat d’Anheuser Busch s’élève à 67 millions de dollars", souligne une porte-parole.

Face à une telle situation financière, plusieurs responsables politiques sont montés au créneau ces derniers jours, fustigeant particulièrement les avantages fiscaux dont bénéficie le groupe. "La déductibilité des intérêts notionnels coûte des milliards (!) d’euros chaque année au Trésor public et la situation budgétaire de l’Etat fédéral est plus qu’inquiétante. Il est dès lors plus qu’urgent d’agir pour sauver l’emploi et de réserver cette mesure fiscale aux entreprises qui participent au soutien et à la relance effective de notre économie plutôt que d’accentuer le profit d’entreprises qui n’hésitent pas à délocaliser leurs activités et qui ne contribuent pas au financement de l’Etat", soulignait il y a quelques jours Georges Gilkinet (Ecolo). Sera-t-il entendu par M. Reynders & Cie?