Entreprise

Prévu de longue date, et on vous l'annonçait la semaine dernière, un conseil d'entreprise extraordinaire a lieu ce lundi matin, à 9h30, au sein du groupe Mestdagh. Ce conseil est consacré aux "difficultés rencontrées par l'entreprise ainsi que leurs éventuelles conséquences sur l'emploi", avait annoncé le groupe. Ce dernier connaît effectivement, comme d'autres enseignes actives dans la distribution, une période difficile.

Le groupe prévoit de supprimer 450 emplois sur les 2700 qu'il compte. Une procédure Renault de licenciement collectif est donc engagée puisque plus de 10 % des postes de travail risquent d'être supprimés.

Aucun des 83 supermarchés ne sera fermé ou passé en franchisé mais ils ouvriront dorénavant le dimanche. Il sera demandé à l'avenir au personnel une polyvalence étendue et le quart d'heure de pause payé sera supprimé.

Un premier arrêt de travail au dépôt

On a appris peu après midi que le dépôt de Mestadagh à Gosselies avait débrayé spontanément. Les supermarchés devraient suivre le mouvement dans l'après-midi et baisser le rideau.

L'entreprise, présente principalement en Wallonie et à Bruxelles, avait vu l'arrivée du Français Guillaume Beuscart à la tête du groupe le 1er mars dernier, John et Éric Mestdagh ayant laissé la main.

Malgré un chiffre d'affaire d'environ 700 millions d'euros, le groupe est en perte depuis plusieurs années et une restructuration était prévue afin de réagir aux modifications des habitudes de consommation, selon le groupe.

Un groupe en perte de rentabilité

Par communiqué, le groupe Mestdagh justifie cette restructuration. "Malgré les nombreux efforts entrepris ces dernières années, les résultats du groupe Mestdagh sont décevants et se sont soldés en 2017 par une nouvelle perte, pour la sixième année consécutive. Le chiffre d’affaires des magasins intégrés ne cesse de baisser depuis 6 ans (de -2 % annuellement, avec une accélération à -5,3 % en 2017), la structure de coûts est trop élevée et ne permet pas de garantir la pérennité de la société."

La direction souligne que "le contexte difficile du marché de la grande distribution ne fait qu’accentuer ces tendances négatives. D’une part, Mestdagh subit la concurrence de plus en plus grande des smart discounters, qui voient leurs parts de marché progresser, alors que celle des magasins Mestdagh diminue sensiblement. Par ailleurs, l’e-commerce est une tendance de fond qui séduit de plus en plus de consommateurs et gagne également des parts de marché sur le commerce de détail traditionnel".

Frais de personnel plus élevés qu'ailleurs

La part des frais de personnel dans les magasins Mestdagh serait "plus élevée que la moyenne du marché, à 16,30% du chiffre d’affaires des magasins" et "les résultats dégagés ces dernières années ne permettent plus de générer suffisamment de trésorerie pour financer les investissements nécessaires pour leur développement".

Pour ramener de la rentabilité, le groupe envisage deux leviers, à prioritairement mettre en oeuvre : "une augmentation des ventes, soutenue par des investissements ciblés, et une réduction des coûts".

Plus de 20 millions d'euros seront investis dans les supermarchés

Afin d'augmenter les ventes, Mestdagh veut investir "dans les rayons qui ont toujours fait sa force : la boucherie / traiteur, le frais, les fruits et légumes et la boulangerie" et injecter 21,2 millions d’euros supplémentaires dans tous les magasins à l’horizon 2020 pour un "remodelling". Tous les supermarchés ouvriront le dimanche. Sont également prévus : "un déploiement plus large des Drives (5 déjà en 2018), le déploiement de service de retraits d’achat dans les magasins et le développement de la livraison à domicile au départ de certains points de vente".

Le personnel devra être polyvalent et les horaires de travail seront révisés.

Eviter au maximum les licenciements secs

"Si cette intention devait être confirmée", explique Eric Mestdagh, administrateur et ancien CEO de Mestdagh, "je peux vous assurer que notre ferme volonté est d’en limiter les conséquences sociales en évitant autant que possible les licenciements secs et en privilégiant les départs à la prépension, ainsi que les départs volontaires. Nous envisagerons toutes les mesures alternatives ou d’accompagnement, en concertation avec les partenaires sociaux et avec les autorités".

L'actuel CEO Guillaume Beuscart indique pour sa part que "nous sommes pleinement conscients de l’émotion que ces annonces peuvent engendrer. Néanmoins, ces projets sont indispensables pour stopper le cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons actuellement".

Une émotion immense

Myriam Delmée, vice-présidente du Setca en charge du commerce, a publié ce tweet :

La permanente CGSLB Catherie Agnessens évoque "une très grande casse sociale. J'avais imaginé la suppression de maximum une centaine d'emplois et quelques fermetures de magasins. Avec cette intention de Mestdagh, je ne vois pas comment on va réussir à fonctionner de manière optimale dans les supermarchés".

Du côté de la CNE, on accuse aussi le coup. "La modernisation des magasins était nécessaire mais on est au-delà du nombre de suppressions d'emplois envisagé. Mestdagh est une entreprise qui fonctionne déjà avec des centaines d'intérimaires, certains en poste depuis cinq ans. A cette lumière, l'intention du groupe est d'autant plus inquiétante. On se demande qui va rester dans les magasins pour implémenter le futur plan commercial", déclare la permanente Evelyne Zabus.

Avec l'annonce d'une future ouverture dominicale des supermarchés intégrés (exploité par du personnel Mestdagh), comme le font déjà les franchisés, Danny Dubois, permanent CNE craint "que cela mette les supermarchés franchisés Mestdagh en difficulté".

Face aux difficultés majeures que connaît le secteur de la grande distribution, la CNE appelle le gouvernement à prendre des mesures. "Il faut réguler l'implantation des magasins afin de supprimer la trop forte concurrence, redéfinir une politique équitable des baux commerciaux et juguler la possibilité pour des entreprises qui font du bénéfice (ce qui n'est pas le cas de Mestdagh) à restructurer", dit Evelyne Zabus.

Le cdH interpellera le ministre Jeholet, le PS demande un débat d'actualité en plénière

L'annonce du groupe Mestdagh "est un nouveau séisme économique et une nouvelle catastrophe pour le secteur", ont déploré Dimitri Fourny, chef de groupe cdH au Parlement de Wallonie, et Véronique Salvi, députée humaniste.

Ces derniers interpelleront, mercredi, en séance plénière du parlement wallon, le ministre régional de l'Emploi "afin que tout soit mis en oeuvre avec l'employeur et les syndicats pour limiter au maximum le nombre de licenciements et accompagner les travailleurs concernés".

Le groupe PS au Parlement de Wallonie, lui, a demandé que le sujet fasse l'objet d'un débat d'actualité lors de la séance plénière de mercredi.


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