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Europalia India s’invite encore jusqu’au 26 janvier prochain à Bruxelles. On y parle aussi "business", notamment avec l’expert financier Avinash Gupta (Deloitte) venu vanter les opportunités du géant indien.

Comment se comporte l’économie indienne ? Il y a eu pas mal de frayeurs sur la roupie, ces dernières semaines…

La situation économique en Inde est très semblable à ce qui se passe dans beaucoup de pays émergents, comme le Brésil ou l’Indonésie, par exemple. On a une forte inflation, et des comptes courants déficitaires qui mènent à la dépréciation de la roupie. Mais la roupie est revenue peu à peu à un niveau correct par rapport au dollar et les capitaux étrangers reviennent. L’Inde a eu des problèmes internes, ces derniers temps, mais on arrive au bout du tunnel. En fait, les récentes élections locales (NdlR : les législatives nationales sont prévues en mai) ont stabilisé la situation. Cela va être profitable à la croissance et aux affaires.

A une époque, on a souvent comparé les économies chinoises et indiennes. Pourtant, les deux pays semblent avoir pris des directions fort différentes.

Ce n’est pas juste de comparer la Chine et l’Inde. La Chine a commencé ses grandes réformes économiques en 1979, l’Inde dans les années 1990. On a encore beaucoup de choses à rattraper. L’Inde veut évidemment devenir une puissance mondiale, avec une forte économie. Mais pour l’instant ce qui compte c’est d’avoir de la croissance et que l’homme de la rue profite de cette croissance. L’Inde et la Chine ne sont pas comparables : l’une est une démocratie, l’autre pas. C’est plus difficile de faire certaines choses en démocratie, quand tout le monde a les mêmes droits. L’Inde doit avancer, mais à sa manière.

Fin novembre, une importante mission économique belge, menée par la princesse Astrid, s’est rendue en Inde. A-t-elle eu beaucoup d’impact dans le pays ?

Durant cette période de l’année, on a énormément de visites car le temps s’y prête. Mais c’est vrai qu’il y a eu pas mal de publicité positive sur cette visite dans les médias indiens.

Le fait que ce soit une princesse qui ait mené cette mission amène-t-il plus de résonance ?

Non. En Inde, tous les représentants de l’Etat - que ce soit un premier ministre, un roi ou une princesse, peu importe - sont mis sur pied d’égalité. Le business est le business. Il n’y a pas plus d’attention des médias pour la venue d’une princesse. Vous savez en Inde, les stars de Bollywood sont les vraies reines et rois, donc les médias spécialisés ont assez de matière avec cela (rires).

Comment est perçue la Belgique en Inde, est-elle (re)connue ?

Oui, la Belgique est assez connue, surtout pour les diamants à Anvers. Il y a beaucoup de familles indiennes qui sont liées de près ou de loin à la Belgique. C’est aussi le cinquième pays européen où les Indiens investissent le plus.

Y a-t-il une raison pour cet attrait ?

Il est facile de faire des affaires en Belgique : c’est un endroit central avec une économie ouverte. Le niveau d’anglais y est aussi très correct. Il faut savoir que les investisseurs indiens sont exigeants : ils veulent les meilleures choses au meilleur prix. La seule barrière en Belgique est la petite taille du marché. Mais votre pays est l’une des meilleures portes d’entrée pour le marché européen. Or, l’Europe intéresse de plus en plus les investisseurs indiens qui veulent se diversifier et ne plus tout miser sur leur marché interne.

A l’inverse, voyez-vous de plus en plus d’investisseurs belges s’intéresser à l’Inde ?

Oui et notre espoir est que ces échanges se multiplient, dans les deux sens. Dans le textile, par exemple, on peut réaliser le design d’un vêtement en Belgique et le fabriquer en Inde. Il y a aussi beaucoup de potentiel en Inde pour des secteurs performants en Belgique comme les secteurs pharmaceutiques, chimiques ou l’agroalimentaire.

Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur belge qui veut investir en Inde ?

Toute personne qui a un bon produit, une bonne technologie ou idée sera bien accueillie en Inde. Le futur de l’Inde, c’est "le boom" de la consommation interne, avec l’arrivée d’une classe moyenne grandissante. Aujourd’hui, plus de 50 % de la population a moins de 30 ans.

L’Inde est souvent considérée comme étant un pays protectionniste. Est-ce le cas ?

Non. A part dans certains secteurs plus sensibles, comme la défense, l’industrie du tabac ou l’immobilier, un étranger peut ouvrir sans problème "un business" où il veut, ou racheter une affaire existante en Inde.