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On vous invite pour vous dire que du côté d'Ikea, rien ne bouge", déclarait d'entrée de jeu Denis Lambert, secrétaire général d'Oxfam, mercredi à l'occasion du premier bilan de la campagne Ikea lancée voici près de 6 mois, "Ikea, des modèles à monter, un modèle à démonter". Pourquoi Ikea ? Parce que le géant du meuble et de la décoration est un symbole, s'affiche comme une entreprise active dans le domaine environnemental et social, parce que c'est un acteur de la mondialisation, parce que tout le monde ou à peu près connaît et "consomme" de l'Ikea.

Certes, "Ikea dispose d'un code de conduite (Iway) depuis 2001 qui avance un certain nombre de principes environnementaux et sociaux mais nous avons voulu vérifier sur le terrain ce que cela donnait", a résumé Denis Lambert. Et d'aller enquêter chez des fournisseurs d'Ikea en Inde, au Vietnam et au Bangladesh. Conclusions : "Ikea respecte bien la législation en vigueur en tout cas au niveau du salaire minimum légal mais celui-ci ne correspond pas au salaire minimum vital; le minimum légal s'élevant à 1,6 €/jour en Inde alors que le prix du transport en commun pour arriver à l'usine grimpe déjà 0,8 €, et à 0,9 € au Bangladesh", a indiqué Denis Lambert qui s'est rendu en Inde. Se posait également la question de la présence d'organisations collectives des travailleurs. Et celle des heures supplémentaires : "Il y a une telle pression sur les salaires que cela force les travailleurs à faire tellement d'heures supplémentaires qu'on frôle le travail forcé", a encore expliqué le responsable.

" Nous nous sommes présentés avec ces questions à Ikea et nous n'avons pas obtenu de réponse", a insisté Denis Lambert, précisant que si lors de précédentes campagnes mettant en cause notamment Nike et Adidas, les entreprises avaient finalement publié une liste de leurs fournisseurs pour que des contrôles extérieurs puissent être mis sur pied, Ikea ne voulait pas en entendre parler.

Pour ce qui est du bilan côté citoyens, le secrétaire général reconnaissait : "Pour Oxfam-Magasins du Monde, c'était casse-gueule de s'attaquer à Ikea car l'autre cible de la campagne, c'est nous tous finalement dans nos contradictions de consommateur, travailleur et citoyen". Comme consommateurs, nous voulons les produits à un prix accessible; comme travailleurs, nous voulons qu'arrête ce système qui tire les salaires vers le bas à cause de la concurrence du Sud; et comme citoyen, nous nous inquiétons de la surconsommation et de la pollution.

Concrètement, depuis le début de la campagne, 4 000 livres "Ikea, un modèle à démonter" (Ed. Luc Pire, 15 €) ont été vendus - l'édition néerlandaise arrive, l'espagnole aussi et les versions italienne et anglaise sont en préparation -, la carte postale de soutien à la campagne a déjà été signée par 10 à 12 000 personnes - l'objectif est d'atteindre 25 000 signatures.

Dans les 6 mois à venir, Oxfam compte poursuivre sa campagne d'information dans plusieurs villes; "aller se montrer" dans les magasins Ikea, reprendre contact avec la direction; être présent sur les festivals au cours de l'été avant de faire le bilan de la campagne à la rentrée. "Pour le moment, on entame les études sur les pays de l'Est, là où les filières "bois" sont majoritaires", a encore ajouté Denis Lambert.

© La Libre Belgique 2007