Entreprise En Belgique

Cette première conférence mondiale était-elle une initiative nécessaire ? "C’est une très bonne chose, répond Jean Galler, patron de la chocolaterie éponyme, car on sait depuis une vingtaine d’années que le problème du manque de cacao va exister un jour et pas grand-chose n’a été fait depuis lors. Est-ce voulu, pour laisser l’initiative aux autres ? Ou est-ce que cela arrangerait bien certaines personnes ?" Et d’ajouter : "En 2000, l’Union européenne a voté cette loi qui autorise de mettre des matières grasses végétales autres que le beurre de cacao dans le chocolat avec, pour les états, trois ans pour se mettre en ordre. Ce qui fut fait en Belgique en août 2003 si je me souviens bien. Heureusement pour nous, consommateurs et amoureux du chocolat, au moins sur le marché belge, cela n’a pas eu d’implications. Le bâton de chocolat et la praline que nous continuons à déguster en Belgique, c’est toujours du pur cacao. Mais cela risque de ne pas durer si, à un moment, il n’y a plus assez de cacao. Et on le voit déjà, le prix du beurre de cacao flambe. Il y a une pénurie au niveau mondial. Donc, il faut que les choses bougent."

Pour Jean Galler, il y a deux manières de résoudre le futur déficit de l’offre de cacao. Il y en aurait même une troisième : que la consommation diminue, ce qui n’est pas le cas, avec une consommation boostée par les pays émergents. "La première manière , expose-t-il, c’est de remplacer une partie du beurre de cacao par d’autres matières grasses végétales. Elle est mauvaise sur le plan gastronomique mais aussi sur le plan éthique et de la planète car cette matière grasse végétale noble, le beurre de cacao, serait remplacée par des matières grasses produites de façon industrielle et qui ne donnent donc pas de travail aux agriculteurs locaux, contrairement au cacao qui est le travail de milliers de petits fermiers."

Doubler la production

La bonne solution, pour lui, c’est d’augmentation la production. De deux façons. " Il faut que ceux qui ont des sols et un climat adaptés à la culture du cacao soient intéressés à replanter des cacaoyers , dit-il. L’autre façon, peut-être meilleure, c’est de permettre aux producteurs africains de produire plus, mais pas plus avec les déviations du monde moderne." Selon lui, "1 ha peut donner, sans forcer le sol ni mettre des engrais ou des produits chimiques, 2 t de cacao; or, actuellement, les agriculteurs produisent en moyenne 400 kg ". Pratiquement, "il faudrait juste leur expliquer comment faire et ils pourraient très facilement doubler la production. Ce qui réglerait une partie du problème du manque de cacao et, sans doute encore plus important, permettrait aux fermiers qui gagnent juste de quoi survivre de gagner mieux leur vie" , martèle le chocolatier. "Pour arriver à cela, Galler tout seul, malgré nos 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, n’est rien au niveau de la planète , explique encore Jean Galler. Par contre, avec l’aide d’une société comme Callebaut, avec laquelle nous travaillons depuis nos débuts, il y a trente-six ans, qui a lancé son programme QPP (pour Quality Partner Program) auquel nous venons d’adhérer, nous payons un peu plus cher notre cacao. L’argent est utilisé pour aider ces fermiers à mieux travailler et pour d’autres choses comme payer des vélos pour les enfants se rendant à l’école."

En attendant, Jean Galler compte bien, au-delà de sa participation au programme QPP, continuer à se battre pour tirer la qualité vers le haut.