Entreprise Entretien

Les ministres européens des Finances se sont réunis, lundi, téléphoniquement. Au cœur des discussions, le rôle du Fonds monétaire international (FMI) et les montants des contributions nationales aux 200 milliards d’euros qui serviront à financer les dettes des pays en difficulté. Alors que Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), rappelle que la zone euro ne doit "pas trop se reposer sur elle" , Bruno Colmant, professeur d’économie appliquée à l’Université catholique de Louvain et à la Vlerick Management School, soutient que la solution de passer par le FMI pour aider certains pays "ne crée pas une adhésion totale". Et qu’il serait "plus simple d’utiliser la Banque centrale".

Que peut-on attendre de cet Eurogroupe ?

En Europe, on est devant une situation vraiment particulière, parce que les mécanismes européens pour aider les pays en difficulté ne sont pas encore activés. Deuxièmement, la Banque centrale européenne, qui pourrait commencer à acheter des dettes de pays, ne peut pas le faire. On a donc trouvé une voie intermédiaire. On rentre dans un système où ce n’est plus l’Europe en tant que telle, mais l’Europe et le FMI, qui est un organe extra-européen, qui commencent à aider les pays en difficulté. Un peu comme c’était le cas pour la Grèce, déjà, il y a un an et demi.

Les pays devraient pouvoir compter sur la BCE ?

Oui. Les pays aujourd’hui, surtout l’Italie, ont un taux d’emprunt qui est trop élevé. Et l’année prochaine vraisemblablement, ils auront des problèmes pour refinancer leurs dettes. La solution, qui est la plus intuitive, et qui est celle que les économistes préconisent, c’est que la Banque centrale achète, massivement, des dettes publiques et injecte de l’argent frais dans le système monétaire.

Mais les Allemands s’y opposent…

Oui car cela créera, à terme, une certaine inflation. Les Allemands considèrent qu’il faut une discipline budgétaire et qu’il ne faut pas dévoyer le rôle de la Banque centrale. Mais ce genre d’attitude fonctionne lorsque l’économie est dans un bon état. Pas lorsqu’on tombe en récession comme c’est le cas maintenant - puisqu’on va avoir deux à trois trimestres, peut-être plus d’ailleurs, de croissance nulle -, il faut restimuler l’économie. Et c’est essentiellement la création monétaire, par la Banque centrale, qui devrait être utilisée. Mais le problème, c’est que les statuts de la Banque centrale sont ce qu’ils sont. Et il est un peu tard pour se poser la question.

Les plans de sauvetage, sans intervention élargie de la BCE, ne pourront donc jamais rassurer les marchés, les investisseurs et les citoyens ?

J’en suis absolument convaincu. Et le vrai problème, en Europe, c’est qu’on a des dettes publiques importantes, sans croissance. Si on augmente le déficit public pour stimuler l’économie, on augmente encore plus la dette. Augmenter l’austérité, alors qu’il n’y a pas de croissance, ce n’est pas possible. Donc, la solution, c’est absolument d’injecter de l’argent dans le système par la Banque centrale européenne. Si on ne le fait pas en 2012, on n’arrivera jamais à réunifier le marché unitaire européen. Et en plus, on doit unifier l’Europe avec une monnaie unique qui ne restitue pas le différentiel entre les pays. Il y a une grande hétérogénéité entre les pays du Nord et du Sud.

Un éclatement de la zone euro n’est plus un sujet tabou ?

Ah mais je pense qu’il y a une certaine probabilité que la zone euro ne tienne pas. Mario Draghi, le président de la BCE, l’a dit lui-même. Mais alors, est-ce une menace afin de forcer les gens à être disciplinés ou est-ce une réalité ? Ça, on verra bien. Mais à mon sens, si on ne trouve pas une solution monétaire, par la Banque centrale, il y a un véritable risque de fragmentation. Car finalement, ce qui inquiète le plus les marchés, c’est qu’il n’y a pas d’unanimité de vision. Il faut toujours réconcilier des points de vue différents qui créent cette tension permanente. Et ne permettent jamais d’aboutir au dernier accord qui sera suffisant. On a voulu une monnaie unique mais on n’arrive pas à en discuter de manière unique. Il y a un problème de crédibilité et surtout d’harmonie.On a pu faire une monnaie unique, parce qu’on était dans une très bonne conjoncture, mais quand la conjoncture n’est pas bonne ça ne va plus bien du tout.