Entreprise Correspondant à new york

Int erview de George Hoffer, Professeur d’économie, spécialiste de l’industrie automobile, à l’Université de Virginie.

L'administration Obama met la pression sur GM mais ne l'abandonne pas. Pourquoi ?

L’administration Obama ne veut pas d’une liquidation pure et simple de GM. Pour plusieurs raisons : l’impact que cela aurait sur l’emploi mais aussi politiquement. Il y a trop d’incertitudes économiques actuellement pour prendre ce risque.

Qu'est-ce que le remplacement de Rick Wagoner à la tête de GM va changer ?

Pour ainsi dire rien. Rick Wagoner est le mouton que l’on sacrifie. A vrai dire, il y a plus de show que de substance dans cette annonce. Le gouvernement veut montrer qu’il pèse de tout son poids sur ce dossier, qu’il n’est pas en train de rigoler ou de jouer un jeu. Il met ainsi la pression sur le puissant syndicat de l’automobile (United Auto Workers) et sur les créancie rs.

Fritz Henderson prend la direction de GM. Qui est-il ?

Il est dans le moule traditionnel des patrons de GM. Il a fait toute sa carrière dans le groupe. Sa nomination arrive un peu plus tôt que prévu, voilà tout. De plus, la direction de GM étant assez forte, le départ de Rick Wagoner ne devrait pas faire de dommage à la société.

Quelle est la solution ?

Le gouvernement devrait se porter garant pour toutes les dettes de l’entreprise. Dans ces conditions, ses fournisseurs ne font pas faillite, et il est possible de restructurer la société en gardant les gens au travail.

Vous voyez donc venir une restructuration prochaine de GM ?

Oui. Par contre, je ne pense pas que Chrysler va survivre à cette crise. Ce que j’imagine est que Chrysler sera fondu dans les activités de GM. Ce qui permettrait au gouvernement de s’occuper des deux problèmes simultanément. Si Chryler disparaissait, ce serait catastrophique. Il existe 3 000 revendeurs Chryler aux Etats-Unis, qui emploient environ 100 000 personnes.

Que pensez-vous d'un accord avec Fiat ?

Pour que cet accord fonctionne, il faudrait que le gouvernement s’engage à le soutenir à coup de milliards dans les prochaines années. Or, je ne pense pas que l’administration soit disposée à le faire. A mon sens, Fiat est un partenaire trop faible, c’est le Chrysler de l’Europe ! A chaque récession, la compagnie se rapproche de la faillite. Je ne vois pas comment elle pourrait être le sauveur de Chrysler. De plus, Fiat a déjà connu plusieurs échecs aux Etats-Unis et n’a pas une bonne réputation de ce côté-ci de l’Atlantique.

Le Président Obama envisage un "nouveau départ" et une "nouvelle vision" pour l'industrie automobile américaine. Qu'en pensez-vous ?

Tout ce qui arrive aujourd’hui n’est pas différent de ce qui est déjà arrivé de manière cyclique dans le passé. La dernière période aussi problématique remonte au début des années 90. Prenez cette analogie: si une personne en bonne santé s’enrhume, elle va avoir des faiblesses, mais le rhume ne sera pas fatal. Or, si cette personne est très malade, un rhume peut l’emporter. Or cette fois, la crise économique arrive alors que l’industrie automobile est en phase terminale.

Le futur est-il plus brillant?

Forcément, car les Etats-Unis et le monde ne sont pas prêts de se passer des voitures. Mais si la restructuration se concentre sur des voitures plus petites, cela ne servira pas à grand-chose, car elles ne sont pas assez rentables.

La prochaine voiture "star "aux Etats-Unis sera-t-elle plus économique

Si elle dégage de bonnes marges de profit, oui, mais je n’en suis pas certain.