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RENCONTRE

En 1995, l'Internet en est encore à ses balbutiements, plus encore en Belgique qu'aux Etats-Unis. En juillet de cette année-là, le site belge Infobel est pourtant le premier au monde à permettre aux internautes d'accéder gratuitement aux pages blanches, l'annuaire téléphonique des particuliers. A une époque où la libéralisation des télécommunications n'est pas encore une réalité, l'initiative est évidemment loin de plaire à Belgacom, qui s'empresse de faire un procès à Kapitol, la petite structure qui se cache derrière Infobel.

Le problème pour l'opérateur historique est que non seulement, Kapitol remporte ce procès mais qu'en plus, l'action en justice lui fait une publicité qui vaut de l'or. `C'est sûr que ça a donné de nous une image d'un David se battant contre Goliath et qu'on a bénéficié du coup d'une certaine sympathie de la part des consommateurs´, explique Alain Wahba, le patron de Kapitol. `C'est d'autant plus vrai que dans le même temps, Belgacom n'a cessé de rendre plus cher son service de renseignements téléphoniques´.

Paradoxalement, Infobel était à l'origine un projet destiné à... Belgacom. `Mon frère Marc avait effectivement développé l'application sur base de données fournies par Belgacom mais au dernier moment, ils se sont retirés du projet. Il est donc venu me voir en catastrophe et trois semaines après, on lançait le produit sous forme de CD-Rom´, raconte Alain Wahba.

Avant de lancer ce premier CD-Rom en avril 1995, qui débouchera quelques mois plus tard sur le site Internet offrant les mêmes données, Kapitol était actif dans l'import-export entre les Etats-Unis et la Belgique. Une fois Infobel lancé, la petite société poursuit cette activité pendant encore quelque temps mais très vite, le développement d'annuaires électroniques prend toute la place.

Sept ans plus tard, Kapitol emploie 21 personnes et édite des produits à destination de toute l'Europe. L'année passée, la société a réalisé un chiffre d'affaires de 4,61 millions d'euros, en croissance de 78 pc par rapport à 2000. `Il est clair que nous ne nous attendions pas en 1995 à connaître un tel développement´, affirme Alain Wahba, dont le rêve avait toujours été de créer sa propre société. `Au début par exemple, nos bureaux se situaient dans un 14 m2 dans le Matonge, au-dessus d'un magasin de perruques africaines. Ensuite, nous sommes passés dans un 50 m 2 à Uccle, puis dans un 250 m 2 à nouveau dans le Matonge avant de finalement nous établir dans notre propre bâtiment, Chaussée de Saint-Job à Uccle´ .

Certaines choses sont pourtant restées les mêmes. Les procès pour obtenir l'accès aux bases de données clients des opérateurs par exemple. Belgacom a finalement cédé, mais ailleurs en Europe, de nombreuses résistances demeurent. Pour l'instant, Kapitol est en débat juridique avec Telekom Austria par exemple, après l'avoir été avec le néerlandais KPN et le britannique BT. `La directive européenne dit que les données abonnés doivent être fournies à des conditions raisonnables´ , précise Alain Wahba, pour qui le terme `raisonnable´ devrait tout simplement désigner le coût technique de mise à disposition de ces données par l'opérateur.

Même revu à la baisse, le prix d'achat des précieuses données reste important. Pour le produit `Europe Info´, qui couvre neuf pays européens, Kapitol a ainsi dû débourser plus d'un million d'euros.

Comme tous les pionniers de l'Internet, Infobel a d'abord compté sur la publicité pour gagner de l'argent. Aujourd'hui encore, elle représente un tiers des revenus de Kapitol. Et en 2001, elle a même augmenté, malgré la crise. `Nos revenus publicitaires se sont élevés à 1,5 million d'euros l'année passée et nous visons les 2 millions d'euros cette année´ , dit Alain Wahba. `Certes, il y a une diminution du marché global mais les annonceurs se concentrent sur quelques grands sites, dont le nôtre. Nous représentons 11 pc de la publicité en ligne en Belgique´ .

Cela dit, Kapitol cherche sans cesse à diversifier ses sources de revenus et la part de la publicité dans son chiffre d'affaires va inévitablement continuer à baisser. Ses activités `off-line´ - les CD-Rom et DVD-Rom - ont ainsi connu une croissance de 247 pc en 2001 pour atteindre un chiffre d'1,8 million d'euros, alors que le `on-line´ - principalement les sites Infobel et Teldir - n'a progressé `que´ de 36 pc pour atteindre 2,82 millions d'euros. La société mise aussi sur de nouvelles fonctionnalités, telles que la géolocalisation ou l'Internet vocal. La première permet de localiser chaque adresse mentionnée dans Infobel sur un plan alors que la seconde permet par exemple de retrouver qui se cache derrière un appel qu'on a manqué sur son GSM. C'est ce que l'on appelle la recherche inversée, un service qui existait déjà sur les sites et les CD-Rom de Kapitol: via le 0902 29 229, l'utilisateur peut retrouver à qui appartient tel ou tel numéro de téléphone.

Mais la principale activité `off-line´ de Kapitol reste le CD-Rom. En 2001, la petite société belge en a écoulé 45.000, contre 19.500 en 2000. Et en 2002, l'objectif est de passer la barre des 100.000. `Au niveau de la société, nous visons 60 pc de croissance cette année´ , affirme Alain Wahba, qui est à la recherche de 6 ou 7 employés supplémentaires pour faire face à l'évolution de sa société.

Clairement, pour les trois fondateurs de Kapitol - Marc et Alain Wahba, ainsi que Liliane Sidis, l'épouse de ce dernier -, le défi est aujourd'hui de parvenir à gérer cette croissance. `Pour nous assister, nous avons engagé l'ancien directeur de la chaîne Brico, qui nous fait profiter de son expérience´ , dit Alain Wahba. `Nous devons en effet apprendre à prendre du recul et ne plus simplement regarder notre caisse en fin de journée comme lorsque nous étions une toute petite structure´ .

© La Libre Belgique 2002