Entreprise

À CANTON

Entre Inbev (ex-Interbrew) et la brasserie de Zhujiang à Canton, c'est déjà une vieille histoire. Les liens remontent, en effet, à plus de 20 ans, lorsque des brasseurs d'Artois ont apporté leur assistance technique pour la construction de la brasserie chinoise. A la fin 2002, le brasseur belge a pris une participation « stratégique » de 24 pc dans le capital de Zhujiang, devenue entretemps le cinquième et plus rentable brasseur de Chine.

Vendredi, Inbev a franchi une nouvelle étape dans ses relations avec son partenaire chinois en posant la première pierre d'un musée international de la bière, sur le site de la brasserie. La cérémonie a eu lieu en présence du prince Philippe, qui préside actuellement la plus grande mission économique belge jamais organisée à l'étranger (500 participants).

A la vitesse supérieure

«Bâtir de longues et solides relations est la clé du succès pour faire des affaires en Chine», a indiqué Patrice Thys, le président de la zone Asie-Pacifique d'Inbev, à cette occasion.

Le groupe belge a, en effet, pris le temps de choisir ses partenaires locaux avant de passer, il y a deux ans, à la vitesse supérieure dans ce pays aux allures de continent, devenu en 2003 le premier marché brassicole du monde et le pays le plus important dans le portefeuille d'Inbev (hors Brésil, depuis sa fusion avec Ambev).Avec une capacité de production de 30 millions d'hectolitres, 18 brasseries réparties dans 6 provinces et une part de marché de quelque 10pc, Inbev est aujourd'hui le troisième brasseur dans l'Empire du Milieu. Le groupe y emploie environ 14000 personnes, dont 5000 à Zhujiang.La brasserie cantonaise, qui a brassé 11,5 millions d'hectolitres de bière cette année, revêt un intérêt stratégique tout particulier pour Inbev. Sa bière Zhujiang est la deuxième marque de pils en Chine, derrière la Yanjing (la bière la plus bue à Pékin) et devant la Tsingtao, bien connue à l'étranger. De plus, cette brasserie se situe dans une des provinces les plus développées de la Chine, à 2 heures de voiture de Hong Kong, et y dispose d'une confortable part de marché de 50pc. Mais surtout, elle fait partie des trois brasseries (sur les 500 que compte le pays) que le gouvernement chinois ne veut pas voir encore passer sous le contrôle d'un groupe étranger. Ce qui explique pourquoi Inbev ne dispose, pour l'heure, que d'une participation minoritaire dans Zhujiang.

En participant à la construction d'un musée international de la bière sur le site de la brasserie, le groupe belge entend incontestablement entretenir ses bonnes relations avec les autorités de la ville de Canton, actionnaire majoritaire de la brasserie. « C'est sûr que l'on préférerait avoir le contrôle de la brasserie», confirme Patrice Thys. La brasserie de Zhujiang n'étant pas un actif stratégique pour les autorités de la ville, estime-t-il, le jour viendra donc où Inbev sera en position de prendre les commandes. « Mais je ne veux pas mettre la pression, je préfère développer les synergies.»

Le plus grand du monde

Dans l'immédiat, Inbev continue donc à faire les yeux doux aux édiles cantonais. Le nouveau musée, qui s'étendra sur une surface de 8000 m2 et dont l'inauguration est déjà prévue pour le 18 mai 2005, comprendra notamment des pièces de collection d'autres musées d'Inbev dans le monde, histoire de montrer aux Chinois l'évolution historique et technologique de la bière dans le monde et de leur rappeler que la Belgique est le pays de la bière. Le bâtiment, situé à deux pas d'un tout nouveau parc des expositions (le plus grand du monde!), abritera aussi deux bars où les bières d'Inbev seront à l'honneur.

Un tel investissement représente quelque 3 millions de dollars. La participation du brasseur de Louvain se chiffre à 857000 dollars. « C'est le montant précis des dividendes que nous avons reçus cette année pour notre participation dans Zhujiang», précise le responsable d'Inbev. Mais en montant ce projet à vocation touristique, le brasseur a aussi permis d'éviter que la ville n'exproprie une partie de la brasserie. « Cette partie, longeant la rivière des Perles, aurait dû, dans le cadre d'un projet de développement de la ville, être coupée par une autoroute, ce qui aurait été une catastrophe car nombre de ses matières premières arrivent par le fleuve», explique encore Patrice Thys.

Voici donc un nouveau pas, certes symbolique, d'Inbev dans l'Empire du Milieu, où le brasseur voit encore « beaucoup d'opportunités».

© La Libre Belgique 2004