Entreprise

Elle en accumule des déboires la Tour des Finances de Bruxelles ! Certains disent "depuis sa construction". Il se raconte en effet que "si tout le béton facturé avait été réellement livré, les planchers auraient 4 mètres d'épaisseur".

Dernière mésaventure en date : une enquête sur des malversations et des faits de corruption présumés lors de sa vente, en décembre 2001, à l'investisseur néerlandais Breevast. Le juge d'instruction bruxellois Jeroen Burm, indique "De Morgen" dans son édition du week-end, mettrait la dernière main à son enquête qui a démarré à la suite d'irrégularités découvertes par l'Inspection spéciale des impôts. Celle-ci a en effet relevé des paiements suspects en provenance des Pays-Bas vers le compte luxembourgeois d'un lobbyiste évoluant dans l'entourage de Breevast. Le groupe immobilier, ajoute le quotidien, est entièrement aux mains du millionnaire néerlandais Frank Zweegers qui entretient des relations discrètes avec des hommes politiques flamands. Une information que Breevast n'a pas voulu commenter hier.

Un contrat suspectable

Dans le feuilleton "Infernale Tour des Finances", il y eut d'autres (tristes) épisodes. Tous liés à sa vente le 20 décembre 2001 pour un montant de 276,5 millions d'euros.

L'appel à candidats lancé le 2 août 2001 par l'Etat a suscité l'intérêt de plusieurs enchérisseurs, belges et étrangers. Dont Breevast, qui l'a emporté, mais également Robelco, qui n'a pas trouvé que les règles avaient été respectées; ni dans le cas de la vente de la Tour des Finances, ni dans celle de la Cité administrative pour laquelle les deux sociétés concourraient également.

En janvier de cette année, Robelco a intenté une action judiciaire contre l'Etat belge en rapport avec les procédures de ventes. Pour ce qui concerne celle de la Tour des Finances, "les règles auraient été modifiées, alors que la procédure était encore en cours". S'agissant d'une opération de type sale and lease back, un contrat de location devait être conclu entre le nouveau propriétaire et l'Etat devenant locataire. Or, selon Robelco, "l'Etat aurait conclu un contrat de location avec Breevast, avant même qu'il y ait eu un accord au sujet de la vente".

Dans sa requête, Robelco relaye en quelque sorte le point de vue de la Cour des Comptes qui s'est longuement penché sur le sujet, publiant son rapport en octobre 2006.

Au départ, deux montants étaient en effet évoqués : 276 525 227 euros (prix d'achat) et 24 814 250 euros (loyer de base à réévaluer en fonction des travaux). Au bout de deux ans, après qu'architectes, avocats et consultants s'en soient mêlés, la donne a fondamentalement changé. Certes, le problème d'amiante s'est révélé plus pénible que prévu, certes la tour aura une tout autre allure (dont coût : 234 millions d'euros, au lieu des quelque 140 estimés au départ) et offrira, pour une même superficie brute de quelque 193 000 m², plus de bureaux (30 000 m²) au détriment des communs permettant à l'Etat de loger non 3 200 fonctionnaires, mais 4 600; certes les coûts d'entretien et d'exploitation seront réduits... Il n'empêche, pour que Breevast rentre dans ses frais, le loyer annuel sera révisé d'abord à 34,7 millions d'euros pour tenir compte des travaux, puis à 42,7 millions d'euros pour les mètres carrés ajoutés. Mais, cerise sur le gâteau, le bail (au loyer indexé), sera allongé de 25 à 33 ans (jusqu'au 31 décembre 2034).

De quoi susciter de vives réactions, notamment celles d'Inter-Environnement Bruxelles et du Bral qui jugent que "le dossier de vente témoigne de la négligence et de la précipitation de l'Etat (prix sous-évalué, mauvaise évaluation du dossier de désamiantage, absence de vision urbanistique du site, renégociation des contrats de location...)" tout en se demandant ce à quoi pourra aboutir l'action en justice de Robelco.

D'ici quelques mois, la tour sera à nouveau occupée (p. 4). Et le loyer... réadapté à ceux pratiqués sur le marché. D'ores et déjà des observateurs s'inquiètent de la ténacité avec laquelle l'Etat va discuter. "Au grand maximum, dit un agent immobilier, le loyer pourrait atteindre 195 €/m²/an. Mais compte tenu de la longueur du bail, de la qualité du locataire, de la taille de l'immeuble, il serait plus judicieux de tabler sur un montant entre 160 et 170 €".