Entreprise

C’était le 16 juillet dernier, après la clôture de la Bourse de Bruxelles: la société Iris, spécialisée dans la reconnaissance dite intelligente des documents, annonçait par voie de communiqué que le géant japonais Canon avait acquis 17% du capital. Une rupture dans la "success story" du groupe de Louvain-la-Neuve. Après avoir compté durant de nombreuses années sur le soutien d’investisseurs purement financiers (dont les holdings belges CNP et AvH), Iris faisait en effet le pari de miser sur un investisseur industriel... Avec, au passage, le risque de confier près d’un cinquième du capital à un puissant groupe étranger pas forcément soucieux de préserver les intérêts de ce qui reste probablement, à ce jour, l’une des plus belles réussites entrepreunariale belgo-wallonnes de ces vingt dernières années.

Au sein même du groupe Iris (management, administrateurs, ...), il y a eu des réticences plus ou moins fortes à l’arrivée de Canon. Certes, les deux sociétés avaient déjà noué, au printemps 2009, un accord commercial visant la distribution par Canon de quelques produits-phares d’Iris (plateforme de scanning, logiciels de reconnaissance et d’indexation de documents, etc.). Mais autre chose était de faire entrer l’ogre nippon - un des leaders mondiaux de l’image (impression, reproduction, scanning, etc.) - dans le joyau brabançon. "Il est exact que, sur un plan strictement financier et des rapports de pouvoir, certains n’ont pas bien compris notre choix. Il a donc fallu les convaincre qu’il s’agissait d’un deal bâti dans un réel souci d’équilibre", explique à "La Libre" Pierre De Muelenaere, président-fondateur et administrateur délégué d’Iris Group.

L’alliance, conclue avec la filiale européenne de Canon, aura été rondement menée. "Les premières discussions ne datent que du début 2008, raconte M.De Muelenaere. Nous venions de lancer une nouvelle gamme de produits de scanning et ressentions le besoin, pour les développer commercialement, de trouver de nouveaux partenaires. C’est là que nous avons eu des premières discussions avec Canon." Un an plus tard, soit en février 2009, un accord stratégique était conclu entre les deux sociétés. Et il n’aura fallu que six mois supplémentaires pour que le partenariat se double d’une prise de participation significative de Canon dans Iris. "C’est dans la mentalité japonaise: devenir partenaire passe par la contsruction de liens forts sur le long terme", dit Pierre De Muelenaere, lequel s’est impliqué personnellement dans le "deal" en cédant plus de la moitié de ses actions (sa part passant de 6,91 à 2,58%). "Je reste toutefois le premier actionnaire individuel de la société et Canon m’a demandé de rester à sa tête pour plusieurs années encore, prolonge M.De Muelenaere. Par ailleurs, malgré 17% du capital, Canon ne détient que 10% des droits de vote. Enfin, pour le management et le personnel d’Iris, rien ne change. L’alliance avec Canon est à la fois un signe de reconnaissance et de confiance dans notre savoir-faire. C’est très excitant de voir deux groupes hautement technologiques collaborer à des solutions business du futur. A mes yeux, c’est là la véritable raison de notre alliance."

Cela étant dit, deux questions taraudent encore les observateurs. Un: Canon a-t-il des velléités de prendre le contrôle d’Iris? "Ce n’est ni l’idée, ni l’esprit des accords. L’intérêt commun des deux sociétés est de travailler ensemble à l’intégration de solutions technologiques qui apportent une valeur ajoutée à la clientèle", répond Pierre De Muelenaere. Et deux: l’alliance ne menace-t-elle pas les partenariats actuels d’Iris (avec HP, Fujitsu et consorts)? "Certainement pas, rétorque le CEO du groupe. Il n’y a aucune exclusivité avec Canon. On ne leur livre aucune technologie et on continuera à travailler avec tout le monde." Voilà qui méritait sans doute d’être dit.