Entreprise Entretien

Futur propriétaire de Royal Boch (La Louvière) en partenariat avec la Région wallonne (elle en détiendra 49 %), Patrick De Maeyer nous détaille son projet de développement de la faïencerie et rend hommage à son prédécesseur, Frédéric de Mévius.

Pourquoi avez-vous décidé d'investir dans Royal Boch ?

Ça fait quelque temps que j’observe le paysage économique à la recherche d’une opportunité d’investissement à saisir. Quand j’ai appris la faillite de la faïencerie, j’ai été interpellé par la situation de désespoir des travailleurs dont certains ont consacré des années à Royal Boch. C’est un fleuron de l’industrie wallonne qui a des atouts, dont une marque qui a une excellente réputation. La rentabilité m’intéresse, mais il faut d’abord faire la tarte avant de songer à la partager.

Quel est votre plan de développement de l'entreprise ?

La relance se fera en deux phases. Tout d’abord, nous allons nous concentrer sur la gamme historique (Copenhagen, sorbier, etc.), puis partir de cette base commune pour aller vers plus de diversifications dans le décor. Toute la production se fera à La Louvière. Ma stratégie a toujours été d’assurer la pérennité des entreprises et leur développement au travers de leur rentabilité. D’après mon plan, nous ferons un petit trou en 2009 ; un autre, mais moindre en 2010, et nous renouerons avec l’équilibre dès 2011.

Comment expliquez-vous que l'entreprise soit déficitaire depuis plus de dix ans ?

Je tiens d’abord à rendre hommage à l’ancien propriétaire, Frédéric de Mévius, qui est un monsieur à respecter. Il a toujours tenu ses engagements et a porté l’entreprise à bout de bras en y investissant des millions d’euros. Mais il n’a jamais vraiment décidé de ce qu’il voulait faire avec son entreprise. Il y avait une structure hydrocéphale (une grosse tête et de petites jambes) qui la pilotait. Les deux directeurs (NdlR : Marc Pairon et Jacques Meert) se neutralisaient. A côté de ça, il y a une structure de coûts trop élevée avec des machines obsolètes et une mauvaise productivité. En ce qui me concerne, je vais fermer l’entrepôt (2500 m2) et les bureaux (2000 m2) de Kontich qui emploient dix personnes. Ils font doublon avec le site de La Louvière pour un loyer mensuel de 25000 €. Je voudrais aussi renégocier le loyer (120000 €) du magasin du Sablon et, à défaut d’accord avec le propriétaire, j’irai ailleurs. Ça ne sert à rien de maintenir un élément qui coûte plus qu’il ne rapporte.

Quelle sera votre stratégie commerciale ?

Nous allons notamment développer un site Internet par lequel les clients peuvent acheter les articles et permettre au magasin du Sablon et au site de la Louvière de faire des expéditions. Ce n’est pas le cas actuellement. Nous nouerons aussi des contacts avec le secteur des chambres d’hôtes pour écouler certains produits de marketing. Nous sommes prêts pour le redémarrage des activités, mais nous commencerons d’abord par les opérations commerciales qui seront remises en service entre le 10 et le 20 juin. Car nous avons des stocks pour trois années de vente : ça donne une idée de la façon dont l’entreprise a été gérée par le passé. Nous démarrerons avec un fort taux de chômage économique à La Louvière, car promettre que l’usine tournera sept jours sur sept dès la relance avec toutes les pauses relève du fantasme.

Quid de la gestion opérationnelle ?

Je serai moi-même aux commandes, car télécommander une entreprise qu’on vient de racheter au départ du fauteuil de président du conseil d’administration (CA) n’est pas une bonne chose. Je préfère avoir les mains dans le cambouis, car ça réduit les frais et ça stimule davantage les travailleurs qui voient qu’on est à leur côté. Ça doit être un travail d’équipe. Pour une entreprise de 39 personnes, je préfère un conseil d’administration de trois membres. Mon fils aîné, Kenneth (28 ans), qui est ingénieur commercial (université de Liège) et qui travaille chez Electrabel sera un des administrateurs. Quant à la présidence, je ne veux pas nécessairement la cumuler avec le poste de CEO, mais, dans une entreprise avec deux actionnaires, la situation ne devrait pas poser un quelconque problème de conflit d’intérêts.