Entreprise

Lancer au départ de la petite ville de Bastogne une marque belge de montres connue aujourd’hui pratiquement dans le monde entier. Tel est le pari réussi en l’espace de dix ans seulement par l’entrepreneur Jean-Pierre Lutgen qui a été sacré ce mardi soir “Manager de l’Année” au terme d’une soirée organisée par Trends Tendances et qui a attiré plus d’un millier de personnalités du monde économique et financier belge en présence du Premier ministre, Charles Michel.

Le patron d’Ice-Watch succède ainsi au palmarès de ce prix prestigieux à Marc Raisière, patron de Belfius. “Tout est possible même au départ de Bastogne”, se plaît souvent à répéter Jean-Pierre Lutgen qui a commencé sa carrière à la tête d’une entreprise de vente d’objets promotionnels (pin’s, casquettes…).

Un sens inné du marketing

Au gré de ses rencontres, notamment en Asie, et de la constitution de son réseau lui vient alors l’idée et le concept d’Ice-Watch : des montres d’entrée de gammes ludiques, aux couleurs vives, intergénérationnelle et interculturelle. Le tout porté par une stratégie marketing bien rodée et un sens du packaging efficace qui a valu à la société un procès (perdu) contre Lego et quelques anicroches avec un autre acteur du secteur, Swatch. L’entreprise, dont les montres sont vendues dans plus d’une cinquantaine de pays à travers le monde, a fêté en septembre dernier ses dix ans d’existence. En 2016, la société a affiché un chiffre d’affaires consolidé de 42 millions d’euros pour un bénéfice de 4,4 millions. C’est aussi une petite septantaine d’emplois, 45 à Bastogne et 22 à Schenzhen, près de Hong Kong, où les montres sont assemblées. A son sommet, Ice-Watch écoulait – nous étions alors en 2012 – 4 millions de montres par an. Depuis, le marché a subi une érosion certaine: l’an dernier, les ventes se situent au alentours de 1,2 million d’unités, dont 450 000 sur les seuls marchés belges et français.

Reste à savoir quel sera l’avenir d’Ice-Watch. A plusieurs reprises, Jean-Pierre Lutgen avait fait part dans le passé de son intention de revendre à terme une partie ou l’entièreté de son entreprise. Mono-marque et mono-produit, Ice-Watch n’a pas la puissance de feu des grandes multinationales du secteur. Des banques d’affaires avaient même été mandatées pour évaluer les acheteurs potentiels susceptibles notamment d’accélérer la croissance de la marque belge en Asie ou aux Etats-Unis. Mais il semblerait que ce projet de vente soit désormais mis au frigo. Car Jean-Pierre Lutgen, qui a connu par le passé quelques problèmes de santé, a visiblement de l’énergie à vendre. Grand amateur de photographie, d’art contemporain et de bande dessinée, il a ainsi noué récemment un partenariat avec la société Moulinsart pour lancer des montres à l’effigie des héros de l’œuvre d’Hergé.

Et si une carrière politique l’attendait...

Enfin cette question: Jean-Pierre Lutgen ne sera-t-il pas tenté un moment par une nouvelle carrière professionnelle, loin du business ? Depuis quelques années, certains observateurs lui prêtent des ambitions politiques locales. On le sait, les rapports avec son frère, président du CDH et bourgmestre de Bastogne, ne sont pas au beau fixe… “J’ai toujours été convaincu de la nécessité de ne pas rester enfermé dans des vies professionnelles trop longues. A 5O ans (NdlR : maintenant il en a 52), on a de l’expérience et encore de l’énergie suffisante pour développer des projets avec un regard neuf en termes de management de projets communaux qui souffrent trop souvent d’une concrétisation très tardive en raison de considérations purement politiques”, avait-il expliqué, il y a deux ans, à “La Libre”. Ajoutant : “J’ai de l’ambition pour Bastogne”.

Une chose est certaine en tout cas, la reconnaissance de l’enfant du pays par ses pairs du monde de l’économie et de la finance sera très commentée ce mercredi à Bastogne…