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On le sent bien, et la crise pétrolière de 1973 a été la première alerte grave avant les rappels à l’ordre de la planète et les soubresauts économiques de 2008 et 2012, l’on arrive au bout de quelque chose. De la deuxième révolution industrielle, clame l’économiste américain Jeremy Rifkin. Chantre, pour ne pas dire gourou d’une troisième révolution, Rifkin a donné une conférence sur le thème au palais des Beaux-Arts de Charleroi, non sans avoir rencontré des personnalités politiques wallonnes dans la journée, parmi lesquelles le ministre-Président Rudy Demotte. Une rencontre que le prospectiviste qualifie de "très, très productive".

Fondée sur une distribution "intelligente" d’énergie renouvelable produite de manière décentralisée, pour tendre vers une économie décartonnée, cette troisième révolution industrielle, actée par le Parlement européen en 2007, commence à trouver des applications parmi les Etats membres de l’Union, surtout en Allemagne et au Danemark. Mais le phénomène gagne la France. Après avoir rencontré le futur président François Hollande pendant la campagne électorale, Jeremy Rifkin a été récemment chargé de mission dans le cadre de la réindustrialisation du Nord-Pas-de-Calais.

"Ce dont on n’a aucune idée, vu d’Amérique, c’est que Wallonie et Nord-de-Calais (sic) furent de grandes puissances industrielles au sein de l’Europe, rappelle Jeremy Rifkin. Ces régions sont passées à côté de la deuxième révolution, mais il y a une mentalité industrielle ici; le potentiel de ces deux régions est énorme, et leur réindustrialisation aura un grand impact politique, social et économique en Europe."

Déjà le pied à l’étrier

Rifkin se dit impressionné par le travail en cours, avec des programmes, comme le plan Marshall 2.vert, qui présente déjà de nombreux éléments de cette troisième révolution : "Vous bougez du côté des énergies renouvelables, des transports, des réseaux intelligents, mais vous ne les avez pas encore connectés en une infrastructure." Avec un schéma directeur, sur lequel l’économiste est tout prêt à faire travailler ses équipes, "ça peut bouger très rapidement. Et je ne parle pas de vingt ans".

Au passage, Rifkin note que l’Europe met d’énormes sommes d’argent dans le sauvetage des banques, par exemple, ou d’industries d’une époque révolue alors que l’avenir est ailleurs : "A partir du moment où vous élaborez un plan et que vous êtes soutenu par des fonds structurels, vous pouvez évoluer rapidement, rétablir l’économie, créer de l’emploi." Et l’homme de redire inlassablement son credo : reconvertir l’énergie en renouvelable, faire de tous les bâtiments des centrales électriques, investir dans les technologies de stockage de cette énergie, favoriser sa distribution par l’Internet "La troisième révolution industrielle établit de nouveaux modèles économiques, qu’on ne peut implémenter sur ceux de la deuxième, ça ne colle pas, c’est autre chose."

Raison pour laquelle les choses peuvent bouger plus rapidement dans les pays émergents, "où il n’y a pas d’infrastructure à la base, et avec les expériences de micro-réseaux que l’on connecte, il ne faut pas être un Einstein pour comprendre comment fonctionne le modèle économique." La Chine avance aussi rapidement, même s’il est vrai que, là, les décisions se prennent en petit "comité" Quant à l’Amérique du Nord, et les Etats-Unis en particulier, ils ont lancé la première partie de la troisième révolution, à savoir l’Internet, mais depuis, gaz de schiste et compagnie, "nous ne faisons pas la deuxième partie du travail, avec de l’énergie renouvelable distribuée intelligemment. Notre production reste gérée verticalement, pas horizontalement "

Jeremy Rifkin a déjà eu deux longs entretiens avec Kris Peeters, ministre-Président flamand, "qui n’ont abouti qu’à des conférences de presse Je constate que la Wallonie a été en tête de la première révolution industrielle, la Flandre a embarqué plus rapidement dans la deuxième et, maintenant, avec le plan Marshall, vous donnez une nouvelle impulsion ici. Peut-être la Wallonie sautera-t-elle parmi les premiers dans le train de la troisième révolution industrielle."