Entreprise

Il suffisait d’y penser : alors qu’ArcelorMittal ferme la phase à chaud liégeoise, causant une perte de 2 000 emplois directs et indirects, la puissante sidérurgie chinoise pourrait sauver les métallos et autres ingénieurs restés sur le carreau. En effet, la mission économique menée par le prince Philippe a rencontré lundi la Sasac (State-owned Assets Supervision and Administration Commission), une sorte de FEB chinoise pour les entreprises publiques. Exemple : Fushi Copperweld, la société qui a repris Cuivre & Zinc, en fait partie. Et, à l’occasion de cette rencontre, Michel Kempeneers, le directeur de l’Awex (Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers) pour la zone Asie-Pacifique, a plaidé la cause de la région liégeoise. L’objectif de ce premier contact : que les entreprises publiques du secteur de la sidérurgie recourent aux compétences des travailleurs qui perdront leur job en raison de la décision d’ArcelorMittal. Soit en les invitant carrément à venir travailler en Chine, soit en investissant directement en Wallonie, soit en leur demandant de donner des formations aux employés et ouvriers de la sidérurgie chinoise. De manière générale, cette tactique semble bonne dans la mesure où la Chine cherche intensément à progresser technologiquement pour dépasser son statut d’"usine du monde" qui casse les prix. " Le but de l’Awex n’est pas de revendre la phase à chaud aux Chinois , précise d’emblée Michel Kempeneers. Mais dans la région liégeoise, des compétences sont disponibles et ce savoir-faire wallon pourrait intéresser les grands sidérurgistes et les industries comme Baosteel ou Anshan Iron and Steel. Les grands capitaines d’industrie chinois pourraient investir à Liège et y embaucher, faire venir les métallos liégeois en Chine pour y apporter leurs connaissances ou encore les impliquer dans des formations de leur propre personnel ." Autrement dit, l’Awex considère qu’il y a un après ArcelorMittal pour la région liégeoise. Et c’est vers la Chine qu’il faut désormais se tourner. Comme l’a déjà fait, par exemple, la société IRM. " Il y a quelques années, cette entreprise wallonne était en grande difficulté. Désormais elle réalise 99 % de son chiffre d’affaires en Chine grâce à une intervention technique sur les feuilles d’acier qui sortent des lignes de galvanisation ! Chez nous, les activités de production n’ont plus tellement d’avenir pour des raisons de productivité et il faut donc évoluer vers un tissu d’entreprises de services sidérurgiques et industriels ." Comme l’a fait CMI, également située en région liégeoise. Et du côté chinois ? Toutes ces idées ont été bien accueillies, hier. Notamment par Wang Yong, le président de la Sasac, qui encourage les acteurs de la sidérurgie wallonne à réfléchir avec l’industrie chinoise pour définir un avenir commun. Zhang Xiaogang, le patron de Anshan Iron & Steel (250 000 ouvriers, répartis dans sept sites de production ) a proposé à l’Awex la mise en place d’équipes mixtes responsables de la R & D. Afin d’améliorer la productivité des usines chinoises et de valoriser le savoir-faire liégeois au niveau international.

Frédéric Chardon, à Pékin