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Kevin Welch est responsable de la stratégie et numéro 2 d'Engie Electrabel. Il émet des doutes quant à la possibilité de sortir du nucléaire entre 2022 et 2025. Selon lui, il serait dangereux de se reposer de façon trop importante sur les importations d'électricité.

Kevin Welch est Chief Strategy Officer d’Engie Electrabel. Il est donc numéro 2 du groupe pour la région du Benelux derrière le CEO, Philippe Van Troeye.

La ministre fédérale de l’Energie, Marie-Christine Marghem (MR), espère signer un pacte énergétique avec les régions. Le but est de préparer la sortie du nucléaire prévue entre 2022 et 2025. Pensez-vous que ce calendrier est tenable ?

Si la Belgique sort totalement du nucléaire, nous réduirons de moitié notre production locale d’électricité en 2 ans et demi. Où va-t-on aller chercher cette électricité ? Les producteurs ne construiront pas de nouvelles capacités si les prix de gros de l’électricité restent aux niveaux actuels. Qui a la possibilité d’exporter vers la Belgique ? La France avec ses centrales nucléaires quand personne n’a besoin d’énergie. Et ce sera toujours du nucléaire produit à nos frontières, notamment à Chooz. L’Allemagne, dont la production électrique contient deux fois plus de CO2 que la production belge avec un mix basé sur le lignite et le charbon, exportera vers la Belgique. Mais le gros risque est que nous ne puissions pas importer l’énergie dont nous avons besoin aux moments cruciaux. Je crois donc qu’il est prématuré de sortir du nucléaire entre 2022 et 2025 sans avoir suffisamment de capacités locales alternatives.

Vous pensez que le prochain gouvernement va faire marche arrière ?

Le travail pour élaborer le pacte énergétique est en cours et nous le saluons. Le pays a besoin d’une politique énergétique stable et, pour y arriver, il faut une feuille de route réaliste et claire. Je suis écologiste en âme et conscience et je vois dans la réflexion écologique qu’on est dogmatiquement contre le nucléaire. On préfère une technologie à haut contenu CO2, qui vient d’un pays limitrophe, au nucléaire. Si la priorité est de lutter contre le réchauffement climatique, c’est la technologie qui émet le moins de CO2 qui doit être utilisée. Ne fermons pas l’option nucléaire, cette technologie peut jouer un rôle intermédiaire dans la transition énergétique.