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Le dossier Picanol est en train de se corser. Le parquet d'Ypres a ouvert une information contre l'ancien patron de l'entreprise yproise spécialisée dans les métiers à tisser, Jan Coene. Il a précisé hier qu'il ne s'agit pas d'une instruction judiciaire mais uniquement d'une information devant permettre de rassembler des éléments dans le cadre du dossier, à savoir des factures, qui pourraient être fausses, établies par deux sociétés ayant un lien avec Jan Coene.

La Commission Bancaire, Financière et des Assurances (CBFA) envisagerait, quant à elle, de déposer plainte pour fausses factures auprès de Picanol, annonçait le «Tijd» dans son édition de vendredi. La décision pourrait éventuellement tomber mardi prochain lors du comité de direction, nous a précisé le porte-parole de la CBFA, Luk Van Eylen.

L'affaire Picanol a connu un nouveau rebondissement il y a deux jours quand on a appris que PricewaterhouseCoopers (PwC) avait découvert dans le cadre de son audit que des sommes «indues» (environ 743147 euros) avaient été payées à des sociétés liées à Jan Coene. Une version contestée par l'avocat de Jan Coene, Johan Verbist, qui affirme que des services ont bien été prestés en échange de ces rémunérations.

Nombreux abus

Que penser de l'intervention de la justice? «Si le parquet obtient le rapport de PwC et fait la lumière sur ce qui s'est passé, c'est une bonne chose», souligne Pierre Nothomb, associé chez Deminor. «Je pense qu'on arrivera à avoir toute la transparence nécessaire, mais ce ne sera pas grâce au conseil d'administration ni aux auditeurs externes ni à la Commission bancaire et financière puisque dans ce dossier ce sont les actionnaires minoritaires qui ont mis en lumière les nombreux abus dont la société a été victime», ajoute Pierre Nothomb.

Si la CBFA porte plainte contre X, il est probable que la justice ne s'intéresse pas qu'aux agissements de Jan Coene mais aussi à d'autres hauts responsables dont l'ancien président du conseil, Patrick Steverlynck.

En portant plainte, la CBFA chercherait-elle indirectement à répondre à ceux qui l'accusent d'un certain laxisme dans ce dossier? «Il est erroné de dire que la CBFA réagit trop tard. Tout ce qui est dévoilé c'est grâce à la CBFA» rétorque Luk Van Eylen.

Paiements astronomiques

C'est, paraît-il, sous insistance de l'autorité de contrôle, que la société yproise a sorti un communiqué le 8 novembre avec tous les détails sur les paiements astronomiques (près de 26 millions d'euros en trois ans) de Jan Coene. C'est toujours sous sa pression que Picanol a donné, lors de la présentation des résultats annuels mercredi, l'information sur les 743147 euros. Car la CBFA doit faire en sorte que toute information qui peut avoir une influence sur le cours de bourse soit donnée.

Et pourquoi Deminor qui défend les intérêts d'actionnaires minoritaires de Picanol ne dépose pas plainte? «Nos clients n'excluent a priori aucun scénario, mais ils privilégient l'intérêt de la société quoiqu'il arrive», explique Pierre Nothomb.

© La Libre Belgique 2005