Entreprise Seize jeunes belges participent au Mondial des métiers. Parmi eux, 5 germanophones, issus de la formation en alternance. Eclairage Solange Berger

Ils se sont envolés il y a trois jours pour Abu Dhabi, la capitale des Emirats Arabes Unis qui accueille la 44e édition de Worldskills, le Mondial des métiers. Accompagnés de leur expert et d’une équipe de coaches, les 16 jeunes Belges défendront nos couleurs et mesureront leurs compétences dans les métiers techniques et manuels face à près de 1300 concurrents venus du monde entier. Ils auront quatre jours (du 15 au 18 octobre) pour faire leurs preuves.

Au sein de cette équipe on trouve notamment deux filles, un Bruxellois et… cinq jeunes issus de la communauté germanophone. Soit près d’un tiers des compétiteurs belges, alors que la communauté germanophone ne représentait que 10 % des 700 jeunes inscrits aux sélections qui ont mené à la composition du team belge, et 0,6 % de la population belge. Tous les cinq ont suivi ou suivent une formation en alternance. De quoi se poser des questions sur cette filière de formation très prisée dans cette partie du pays.

"La formation en alternance est privilégiée chez nous depuis des années, tout comme elle l’est en Allemagne, en Autriche ou en Suisse", explique Harald Mollers, ministre germanophone de l’Enseignement. On compte dix fois plus d’apprentis par habitants en communauté germanophone que dans les autres parties du pays. "Pour nous, c’est une filière d’excellence", poursuit le ministre.

Le principe de l’alternance : combiner des cours théoriques donnés par un centre de formation avec un travail dans une entreprise. Des formations existent pour des jeunes de 15 à 18 ans ainsi que pour des adultes. "Plus de 50 métiers sont repris en alternance", nous précise-t-on du côté de la communauté germanophone. "Et pour la majorité, l’alternance est la seule filière de formation."

La matière est une compétence communautaire. Depuis le 1er juillet 2014, les communautés sont entièrement compétentes pour tous les régimes de formation en alternance. Cela signifie qu’elles sont désormais compétentes pour l’établissement de toutes les règles concernant la relation entre l’apprenti, son patron et l’établissement de formation, les aides et subventions. Côté germanophone, il existe deux centres de formation ZAWM. En Wallonie, l’organisation des formations est prise en charge par les Cefa (Centre d’éducation et de formation en alternance) et l’IFAPME (Institut wallon de formation en alternance et des indépendants et petites et moyennes entreprises). La formation en alternance à Bruxelles peut être organisée via deux filières : par un Cefa, rattaché à une école d’enseignement secondaire, ou par Espace formation PME dans le cas d’un apprentissage pour un métier d’artisan. Du côté néerlandophone, ce type d’enseignement se donne soit dans le cadre du "Deeltijds BeroepsSecundair Onderwijs" (DBSO, Enseignement secondaire professionnel à temps partiel), soit via la Vlaams Agentschap voor Ondernemersvorming Syntra (Agence flamande pour la formation des entrepreneurs).

En Wallonie, quelque 9471 jeunes et adultes se forment en alternance à l’IFAPME. "Nous avons eu une augmentation de 40 % de nouveaux inscrits en 2016. L’alternance séduit de plus en plus de jeunes, d’adultes et de patrons", note Nathalie Bourmadis, responsable de la communication.

"L’alternance est un moyen efficace pour assurer une bonne adéquation entre la formation et les besoins des entreprises", estime Pierre-Yves Jeholet, ministre wallon en charge de l’Economie, de l’Emploi et de la Formation. "Il faut encore renforcer les synergies entre la formation et l’emploi et augmenter le nombre de places de stage en entreprise en sensibilisant les employeurs. Il est également important de rapprocher encore davantage le catalogue des formations des filières et métiers porteurs. Les métiers d’aujourd’hui ne sont pas nécessairement ceux de demain. Il faut aller plus loin dans l’alternance car elle donne des résultats. Dans certaines formations, le taux d’intégration est de 100 %. Son développement doit être une volonté politique qui se traduise par des actes. On note une réticence de certains syndicats, qui estiment que les stagiaires prennent le travail d’autres personnes. Or ils sont là pour apprendre leur métier", note Pierre-Yves Jeholet, qui se dit aussi effrayé par certains points du pacte d’excellence. "La progression du tronc commun met en danger les contrats d’apprentissage. Les jeunes de 15 à 18 ans ne pourraient plus avoir ce type de contrats. Cette solution mettrait à mal tout un public de jeunes de cet âge-là. Si on veut que nos jeunes aient un boulot, il faut mettre en place des solutions efficaces de formation."


Théorie et pratique

Terrains. Après des humanités classiques, Julien Boveroux, candidat à Worldskills 2017 en Aménagements des parcs et jardins, s’est orienté vers l’horticulture. "Je voulais quelque chose de plus pratique", note le jeune homme de 21 ans qui opte alors pour la formation en alternance "Parcs et jardins" au ZAWM à Saint-Vith, en communauté germanophone. "J’ai des cours deux jours par semaine et le reste du temps je travaille." C’est lui qui a trouvé cet emploi, chez David Hermann, patron de Die Gärtnerei Hermann situé à Weywertz, un village de la commune de Butgenbach. Ce dernier sera d’ailleurs l’expert qui accompagnera, à Abu Dhabi, Julien ainsi que Mischa Meys, cette épreuve se faisant par équipes de deux.

"C’est vraiment sur le terrain qu’on apprend le plus", poursuit Julien. "J’ai l’occasion de faire plein de choses différentes, comme des plantations, la construction de terrasses ou l’aménagement de mares." La formation lui plaît vraiment et, en plus, comme il travaille, il est rémunéré. Un peu plus de 500 euros par mois.