Entreprise

Un beau cadeau d’anniversaire, qu’il s’offre à un mois de ses 70 ans. Formellement, le tribunal de commerce de Paris doit encore valider la chose, vers la mi-janvier. Mais, dans les faits, Bernard Tapie fait son entrée dans la presse. Enième reconversion pour cet ex-ministre et eurodéputé mitterrandien, devenu ensuite sarkozyste, et entre-temps passé par la case prison : pour son sulfureux parcours d’homme d’affaires plusieurs fois condamné par la justice.

Il est désormais en passe de prendre le contrôle du dernier vestige de ce qui fut un empire de presse : le Groupe Hersant Média (GHM), de feu le "papyvore" Robert Hersant, à présent géré par son fils Philippe. A qui il reprendrait les quotidiens régionaux "La Provence", "Nice Matin", "Var Matin", "Corse Matin", et des titres de Nouvelle-Calédonie et des Antilles. Les héritiers Hersant viennent de convaincre leurs créanciers d’accepter leur offre faite avec Bernard Tapie.

Un duo qui, après un gros coup de bluff - Bernard Tapie ayant fait mine de se retirer -, a coiffé sur le poteau le groupe de presse belge Rossel. Qui a déjà fait affaires avec Hersant, mais qui, cette fois, a présenté une offre (de quelque 48 millions d’euros) moins-disante de deux millions. En outre, les fonds n’avaient pas été déposés sous séquestre. Et c’était une offre "sèche" : qui excluait les héritiers Hersant. Bernard Tapie, lui, leur a offert de s’associer (pour moitié, en gros) avec lui. Cela permet aux héritiers du "papyvore" de garder un pied dans la presse régionale française. Et, en prime, de bénéficier de l’effacement d’une partie de leur dette, par les banques créditrices : un coup d’éponge de 160 millions, au bas mot.

"En Belgique et en Suisse"

L’arrivée de Bernard Tapie dans la presse fait triplement jaser.

D’abord, parce que pour la financer, l’ex-ministre s’est servi des 285 millions d’indemnisation qu’il a touchés en 2008. Grâce à l’arbitrage controversé ayant soldé la saga Adidas/Crédit lyonnais. L’affaire vaut à Christine Lagarde - n°1 du FMI, mais ici visée comme ex-ministre sarkozyste des Finances - une enquête de la Cour de justice de la République. La controverse s’en trouve relancée. "Tapie s’est refait une fortune aux frais du contribuable !" , a fustigé, jeudi, le Nouveau Centre : ex-petit parti allié aux sarkozystes, mais qui, à l’époque, batailla contre cet arbitrage.

Ensuite, deuxième motif de tumulte : Bernard Tapie est très novice dans le monde des médias. Or, vu la crise que subit la presse régionale, "on aurait pu penser que, pour la relancer, elle avait besoin d’éditeurs expérimentés" , selon Jean-Marie Charon, sociologue des médias. "C’est étonnant : il y avait une offre très solide, du puissant groupe Rossel" , aux yeux d’un autre spécialiste, Erwan Gaucher.

Surtout, ce dossier serait très politique.

En effet, selon des échos, notamment du "Canard Enchaîné", François Hollande lui-même aurait tout fait pour mettre en échec le duo Bernard Tapie/Philippe Hersant. Car le premier "a transféré en Belgique des millions d’euros que le contribuable lui a versés" , et le second "a mené son groupe à la faillite, et réside fiscalement en Suisse" .

En outre, Bernard Tapie a beau démentir, il est soupçonné de vouloir se servir de ces journaux comme d’un relais d’influence pour briguer la mairie de Marseille, aux élections municipales de 2014. En vertu "d’ un scénario hélas trop fréquent, en France" , selon Jean-Marie Charon.

A Marseille jadis, déjà, la presse locale servit de marchepied à l’ex-maire Gaston Defferre (1953-1986), pour se lancer en politique.