Entreprise Selon Comeos, les Belges dépensent trop en ligne… à l’étranger.

La Libre" a pu prendre connaissance en primeur des conclusions de l’analyse de l’e-commerce en Belgique, effectuée par les spécialistes de l’association représentative du secteur du commerce et des services Comeos. Et ce bilan de santé est inquiétant : la concurrence des sites étrangers sur notre territoire coûterait au secteur 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 10 000 emplois !

Progressions à deux niveaux

D’abord, nous explique Dominique Michel, administrateur-délégué de Comeos, il faut constater que le commerce en ligne poursuit sa progression en Belgique et qu’il représente désormais 7,7 % du chiffre d’affaires du commerce à près de 6,646 milliards d’euros en 2015 (contre 5,62 milliards en 2014). C’est en soi une bonne nouvelle ? "Oui, parce que cela montre que notre pays récupère lentement son retard en la matière sur ce qui s’observe à l’étranger. Mais dans ce total, on observe aussi que la part du chiffre d’affaires récoltée par des enseignes étrangères, néerlandaises et françaises essentiellement, a augmenté de 11 % et totalise en 2015 46,8 % du total des ventes en ligne, soit 3 milliards d’euros".

Cette part de chiffre d’affaires échappe donc aux enseignes belges et aurait dès lors un poids en termes d’emplois dans le secteur du commerce. "En effet, nous suivons les chiffres du commerce en ligne dans cette étude depuis trois ans et nous évaluons le poids cumulé de ce poste à quelque 10 000 emplois qui n’ont pas été créés en Belgique. C’est un chiffre énorme", assure Dominique Michel. Reste évidemment à voir si cette tendance va perdurer… "J’en ai l’impression, malheureusement. Et c’est lié à des facteurs que nous connaissons bien dans le secteur du commerce : le handicap des coûts salariaux qui s’élèvent à 20 % par rapport à ce qui se pratique à l’étranger, la flexibilité de l’emploi, l’absence d’une plateforme de paiement de référence et le coût des transports de marchandises". Le patron de Comeos rappelle au passage que 14 % des noms de domaines ".be" sont en mains néerlandaises (4 % en mains françaises).

Handicaps sous surveillance

Il y a toutefois des avancées sur certains de ces points, reprend Dominique Michel qui ne veut pas noircir le tableau. "Il y a le principe du Tax Shift qui va réduire progressivement le handicap des coûts salariaux de 4 %. C’est vrai, mais le déficit sera encore de 16 %. Et puis, c’est vrai que le gouvernement a planché sur le problème du travail de nuit, ce qui a abouti à un accord en fin d’année, et c’est un point positif. Nous surveillerons dans quelle mesure cet accord se traduira en accords sociaux réels dans les entreprises. Mais dans l’absolu, on constate dans les faits que le secteur de la logistique est en retard chez nous et que de grands groupes construisent des centres logistiques énormes à quelques kilomètres de nos frontières. Or ces centres - vitaux pour l’e-commerce -, occupent du personnel peu qualifié qui sont employés aux Pays-Bas par exemple - à des conditions très compétitive en termes de coûts salariaux et de souplesse horaire. Or, c’est une tendance lourde dans le secteur de l’e-commerce, on va vers un raccourcissement des délais de livraison, pour les produits alimentaires notamment qui peuvent être livrés dans l’heure à faible coût". Et de citer l’exemple d’un envoi d’un paquet de 2 kg qui coûte 32 euros de Bruxelles à Vienne et de 14 euros de Vienne à Bruxelles… "Le consommateur est-il prêt à payer plus cher pour un envoi local ?", s’interroge Dominique Michel qui voit dans cet état de fait des raisons évidentes capables de conduire les entreprises de service à délocaliser leurs activités pour rester concurrentielles.

Dans le même ordre d’idées, Dominique Michel demande aussi au gouvernement de ne pas négliger le risque des achats effectués par les particuliers à l’étranger dans le cadre de l’application des nouvelles taxes et accises sur les biens de consommation en Belgique.

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