Entreprise livre électronique

Difficile de dire que le téléchargement est devenu un réflexe pour les lecteurs belges. Pourtant, les ventes ont explosé en 2012. L’éditeur électronique Primento Editions estime qu’1 % des livres vendus ont été des livres électroniques, et annonce une augmentation des ventes de 250 %. Mais si la plupart des éditeurs préfèrent garder leurs chiffres de vente précis pour eux, ils restent bien loin de ceux constatés aux Etats-Unis, où 17% des livres vendus l’année dernière étaient des ebooks. Plus surprenant est l’écart avec les ventes françaises, qui atteignent déjà 3 à 4 % du marché. Pourtant, la Belgique est particulièrement bien équipée pour lire en ligne. En 2012, 800 000 personnes ont acheté des tablettes, soit un appareil pour 13 Belges, selon une étude Gfk. Mais pour l’instant, les grands fabricants de liseuses électroniques ignorent le marché belge.

Pas tous égaux face à Internet

Le boom 2012 du livre électronique en France, où les bénéfices sont passés de 11 à 21 millions d’euros, s’explique par l’action de deux acteurs, Amazon et la Fnac. Les deux entreprises développent des liseuses, mais profitent surtout de catalogues impressionnants. Le site de vente en ligne Amazon affiche 950 000 livres dont 45 000 en français, et celui de la Fnac 2 millions d’ouvrages différents. Mais difficile d’en profiter depuis la Belgique. La librairie en ligne du site de la Fnac n’est pas accessible aux Belges, qui doivent en outre débourser trente euros de plus que les Français pour tous les modèles de liseuse de son partenaire, Kobo. Du côté d’Amazon, il faut passer par la boutique américaine, payer au passage les frais de livraison transatlantique, et avoir une carte de crédit adéquate. Si les forums Internet fourmillent d’astuces pour passer aux travers de ces ennuis, l’utilisateur lambda préfère visiblement encore passer à la librairie...

Une aubaine pour les éditeurs belges

Mais l’absence des deux plus grandes collections francophones n’empêche pas les plus petits éditeurs de grandir. Ce sont elles qui expliquent le développement du marché en 2012. Des catalogues nationaux commencent à se développer. Le site Meslivresnumeriques.be, plus grand catalogue directement accessible au public belge, propose 230 000 ouvrages différents. Comme d’autres catalogues, il met aussi en avant les œuvres libres de droit, que les internautes peuvent télécharger gratuitement, en toute légalité. Plus de 1 500 de ces titres, souvent de grands classiques, sont disponibles sur le site. Cette importance grandissante des acteurs locaux pourrait pousser les plus grands catalogues à rejoindre le marché belge, au risque de ne plus pouvoir s’y intégrer plus tard. C’est sur cette hypothèse que table l’institut de sondage Gfk, qui prévoit ainsi une part de marché des livres électroniques de 3 % dès 2015, ce qui amènerait la Belgique au niveau de ses voisins français et allemands.

Joseph Sotinel (st.)