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L’économie belge a bien résisté à la crise qui a frappé la zone euro. C’est un des messages principaux qui ressort du rapport annuel de la Banque nationale qui vient d’être publié. Le produit intérieur brut a progressé de 0,2 % en 2013, ce qui est mieux que la moyenne de la zone euro (-0,4 %) dont la performance aurait été encore plus mauvaise s’il n’y avait pas eu la locomotive allemande (voir infographie). "On a retrouvé l’activité d’avant la crise", a souligné le gouverneur de la BNB, Luc Coene, à l’occasion de la présentation du rapport annuel. La Belgique se situe également à un bon niveau pour l’inflation et pour le taux chômage y compris pour celui des plus jeunes pourtant à un niveau très élevé et même inquiétant dans la zone euro.

Prix et salaires

Toutefois, selon la BNB, le marché de l’emploi belge souffre d’un handicap salarial. "En termes de salaires nets, on est en train de devenir le pays avec le niveau le plus élevé", a souligné le gouverneur qui a aussi relevé une productivité insuffisante. Le problème se situe surtout au niveau de l’emploi sous-qualifié dont le taux d’emploi a baissé (voir infographie). "On a trop peu de gens au travail qui doivent supporter toute la charge de notre modèle social", a poursuivi le gouverneur. Mais la BNB se garde bien de prendre une position tranchée sur l’indexation des salaires. Elle plaide pour une "formation des prix et des salaires adaptée". A chacun d’interpréter comme bon lui semble…

La BNB préconise également des "efforts supplémentaires" dans la recherche et le développement et les dépenses d’infrastructures. Et cela "afin de dynamiser durablement l’économie". Pour la Banque nationale, la réforme des pensions est une étape clé "mais la durée moyenne de la carrière devra encore être augmentée et il conviendra de s’y atteler suffisamment tôt".

Déficit budgétaire

En termes de finances publiques, les résultats sont aussi positifs avec un déficit qui est tombé au-dessous de 3 % (à 2,7 % exactement) pour la première fois depuis 2009. "La baisse des charges d’intérêt", avec des taux à long terme tombés à des niveaux historiquement bas "a aidé", a commenté Luc Coene. Mais, il y a aussi eu une amélioration du solde primaire (différence entre les recettes et les dépenses). Pas question néanmoins de relâcher la bride. "Compte tenu du niveau élevé de la dette et du coût budgétaire du vieillissement, il importe de converger sans délai vers l’objectif à moyen terme", souligne la BNB. Faut-il pour cela vendre des actifs comme la participation de l’Etat dans Belgacom ? Luc Coene a esquivé la question. "Le gouvernement a établi un programme jusqu’en 2016, qui permettra de réduire automatiquement l’endettement. La priorité est de réduire davantage le déficit", a-t-il souligné. Toutes les recommandations de la BNB visent à "transformer la reprise cyclique en croissance durable". Elles ont été approuvées par le conseil de régence. Deux régents (les représentants des syndicats) se sont toutefois abstenus à propos des passages sur la compétitivité et la trajectoire budgétaire.

Les taux bas pèsent sur le secteur de l'assurance

En tant qu’autorité de contrôle prudentiel du secteur financier en Belgique (banques et assurances), la Banque nationale ne se montre pas particulièrement inquiète dans son rapport annuel. Au contraire, certaines évolutions sont même positives en particulier pour les banques. Ainsi, la marge d’intérêt pour les banques "reste encore haute", a noté Luc Coene, le gouverneur de la Banque nationale, lors de la présentation du rapport annuel. Et cela en dépit de taux d’intérêt à long terme très bas.

Autre tendance qui semble rassurante : les établissements de crédit ont continué à augmenter les actifs belges, réduisant leurs expositions sur les actifs hors zone euro. La crise financière a, on le sait, obligé les grandes banques à alléger leur bilan et à le recentrer. Pour ce qui est des nouveaux crédits, pas de reprise en vue mais bien un ralentissement "en raison d’une demande faible". C’est très perceptible pour les crédits hypothécaires mais également pour les crédits aux entreprises. "Ce qui peut poser un problème pour les PME", a concédé Luc Coene.

Evolution moins positive

Pour ce qui est des sociétés d’assurance, "l’évolution est nettement moins positive pour 2013" (chiffres arrêtés aux neuf premiers mois), a poursuivi le gouverneur. Elles sont confrontées au recul des primes d’assurance-vie et à l’environnement de taux bas. La baisse des taux des obligations linéaires à dix ans (à moins de 3 %) ne fait pas leur affaire vu leurs engagements de rendement garanti pour des produits tels que la branche 21. La BNB a également noté que les Belges continuent à épargner beaucoup via les carnets de dépôts mais commencent à investir dans des produits un peu plus risqués.

Loi bancaire

Sur l’impact que pourrait avoir la loi bancaire préparée par le ministre des Finances Koen Geens, Luc Coene s’est montré très prudent. "Le texte n’est toujours pas voté; il est difficile de faire une analyse définitive. Des discussions sont encore en cours sur les ratios à appliquer", a-t-il expliqué. A l’entendre, cette loi se veut surtout préventive en cas de reprise économique et anticipe l’impact que celle-ci pourrait avoir sur l’activité des crédits. A propos des "stress-tests", qui auront lieu à l’automne, le gouverneur s’est également montré prudent.