L'Etat a perdu 60 millions avec Brussels Airlines: Quels résultats tirer des autres investissements de la SFPI? (ECLAIRAGE)
- Publié le 17-02-2018 à 07h24
- Mis à jour le 17-02-2018 à 11h12

Quel bilan pour le holding de l'Etat fédéral ? Enquête sur le rôle qu'il joue dans des dossiers chauds comme Belfius ou Brussels Airlines C'est un holding public discret, mais qui joue parfois un rôle clé pour l'économie belge: il participe en coulisses à quelques dossiers chauds du moment comme la privatisation de Belfius ou la vente des actions BNP Paribas.
La Société fédérale de participations et d'investissement (SFPI) a été créée dans la foulée de la privatisation de la caisse d'épargne CGER en 1992. Ce qui était au départ un holding bancaire a été transformé en holding à vocation généraliste. Fin 2005, le total du bilan de la SFPI se montait à 775 millions. Plus de dix ans plus tard, la SFPI "pèse" 2,2 milliards d'euros, soit un accroissement de l'ordre de 175 % avec quelques poids lourds tels que 27 % dans Bpost ou 25 % dans Brussels Air Company (l'aéroport de Zaventem).
Elle joue aussi un rôle de missions déléguées (comme pour Dexia ou Ethias) où elle est chargée, à la demande et pour le compte de l'État, de prendre des participations et d'y apporter un rôle de conseil. "Ce sont des missions qui ont pris beaucoup de temps en 2017", nous explique l'administrateur délégué Koen Van Loo. Pour un dossier comme Dexia, c'est loin d'être terminé. C'est que le sauvetage des banques belges après la crise de 2008 a relancé le rôle de l'Etat belge actionnaire.
Koen Van Loo est un ancien chef de cabinet de Didier Reynders (du temps où ce dernier était ministre des Finances). C'est avant tout un technicien. Le "politique", lui, se retrouve au conseil d'administration. Laurence Bovy, ex-cheffe de cabinet de l'ex-vice-Première socialiste Laurette Onkelinx, a été chassée de la présidence peu après la mise en place de la nouvelle majorité MR-NV-A au gouvernement fédéral. Après un court passage de Laurence Glautier, devenue cheffe de cabinet du ministre-président wallon Willy Borsus, le nouveau président-l'arrêté de nomination est attendu pour ces prochains jours- est Pascal Lizin, qui est issu du secteur privé (GSK). Le vice-président est Olivier Henin, ancien chef de cabinet de Didier Reynders et devenu directeur financier à la SNCB.
Depuis dix ans, l'Etat fédéral n'a pas à se plaindre de la SFPI, qui affiche des bénéfices en hausse grâce à quelques plus-values mais aussi des dividendes récurrents (Bpost, BNP Paribas, Befimmo, etc). Certes, il y a eu quelques ardoises telles que Brussels Airlines. Mais certains diront que c'est le prix à payer pour l'intervention de l'Etat dans des dossiers difficiles et plus politiques. Intervenant pour comptes propres, la SFPI joue un rôle de soutien pour certains secteurs d'avenir tels que le digital où elle est "à la recherche d'investissement mais toujours de façon rentable", précise Koen Van Loo. Elle est aussi proche des universités, en particulier dans le financement des start ups sans rechercher un équilibre rigide entre le nord et le sud. "Cela se fait en fonction des opportunités", souligne Koen Van Loo. Et à l'entendre, il y en a autant au sud qu'au nord du pays. "Il ne faut pas sous-estimer les pôles de compétences en Wallonie où il y a aussi quelques belles histoires".
La SFPI se lance aussi dans les fonds de fonds qui ont une vocation de "scale up", qui consiste à avoir une participation minoritaire mais importante aux côtés d'investisseurs privés. Stade ultérieur à la start up, le "scale up" permet de maintenir un certain ancrage belge.
"Globalement, la SFPI fait bien son travail et essaie d'apporter la rationalité nécessaire. Ce qui n'est pas toujours facile", nous explique un expert des holdings.
Dans le rapport 2016, Koen Van Loo expliquait que la SFPI entendait contribuer à l' "espérance des générations actuelles et futures" au travers de valeurs qu'elle "a fait siennes depuis un peu plus de 10 ans comme l'éthique, la compétence, l'agilité". Un message plus idéaliste que politique.

Banque en défaisance : bataille franco-belge sur Dexia
Parmi les missions déléguées de la SFPI il y en a deux qui sont particulièrement délicates. Il s'agit de Dexia et d'Ethias. "Pour Dexia, il faut travailler dans un environnement prudentiel de plus en plus strict. Cela ne facilite pas la tâche. Le bilan de la banque belgo-française se réduit mais on n'est pas sortis des risques. Le bilan est maintenant passé sous les 200 milliards d'euros. C'est encore beaucoup, même si l'on vient de plus de 650 milliards", souligne Koen Van Loo. Avec, en toile de fond, des discussions toujours aussi tendues avec les Français. Qui, contrairement aux Belges, ne sont pas demandeurs d'une réduction rapide de la taille du bilan. Une rumeur a même rapporté que les Français s'étaient dits prêts à aller plus vite dans la cession d'actifs s'ils décrochaient le contrat des F16. "En tant qu'administrateur-délégué de la SFPI et administrateur de Dexia, je n'ai jamais pu constater un tel scénario. Je n'ai même jamais entendu une allusion à ce propos", rétorque Koen Van Loo. Pour l'assureur Ethias -dont l'Etat fédéral est actionnaire à 25 % à côté des Régions-, la situation n'est pas encore revenue à celle d'avant la crise de 2008, mais l'avenir serait prometteur, à entendre Koen Van Loo. "Cela a pris dix ans mais je suis optimiste pour l'avenir", estime-t-il. Ce furent dix ans de discussions difficiles avec le management, les autres actionnaires et les autorités de régulation.
Vente en Bourse : plus-value sur les titres BNPP
Le 4 mai dernier , on apprenait que l'Etat belge avait vendu sous la forme d'un "forward sale"- c'est-à-dire qu'il empocherait quand même les dividendes 2017 - environ 2,5 % du capital de la banque française BNP Paribas. Le prix de vente ayant été de 62,40 euros par action, la SFPI a perçu 1,95 milliard d'euros reversé à l'Etat. Cette transaction a permis de dégager une plus-value, tout en maintenant les dividendes sur les actions vendues, de 84,2 millions euros.
La SFPI a joué un rôle dans la préparation de cette "vente qui était la plus grande opération boursière pour l'Etat belge depuis pas mal d'années", rappelle Koen Van Loo. La SFPI a organisé toutes les procédures de sélection des banques d'affaires. Le choix s'est porté sur l'institution française Lazard qui, elle-même, a sélectionné les banques d'affaires qui allaient faire le placement des actions. "On a eu un rôle de back-office qu'il ne faut pas sous-estimer. Ce n'était pas une opération standard. C'est beaucoup plus compliqué", estime l'administrateur délégué.
Sauvetage : perte de 60 millions sur Brussels Airlines
En 2002, la SFPI avait accordé un prêt de 125 millions d'euros à SN Airholding, la maison-mère de la compagnie Brussels Airlines née un an auparavant des cendres de la Sabena. En 2009, peu après que la Lufhtansa devienne le premier actionnaire de la compagnie (avec 45 %), ce prêt a été transformé partiellement en parts bénéficiaires sans droits de vote. C'était, on s'en souvient, au moment où la compagnie avait besoin d'argent et n'avait pas réussi à obtenir un euro des investisseurs privés belges. Seuls les Allemands de la Luthansa avaient concédé un prêt de 100 millions. Le holding public n'a pas à proprement parler apporté du cash, mais c'était quand même un coup de pouce financier. "Quand M. Davignon (N.d.l.R président de Brussels Airlines) rappelle qu'à ce moment-là personne en Belgique était prêt à intervenir, il oublie de dire que la SFPI a transformé de la dette en capital", souligne Koen Van Loo.
Quand Lufhtansa est devenue actionnaire à 100 % de Brussels Airlines en 2016, et conformément aux conditions prévues en 2009, les parts bénéficiaires ont été annulées mais la compagnie allemande a tout de même apporté une garantie sur une dette de 50 millions. La SFPI a donc encaissé entre 2002 et 2016 une perte de 75 millions sur les 125 millions. De cette perte, il faut déduire les intérêts payés par Brussels Airlines depuis 2002, soit environ 15 millions. La perte nette s'élève ainsi à ce jour à 60 millions.
Introduction en Bourse : Belfius et le choix des banques d'affaire
Pour le projet d'entrée en Bourse d'une partie du capital de Belfius, la SFPI a un peu le même rôle que pour les actions BNP Paribas. "On fait des propositions et on présélectionne tous les conseils pour un prix correct", explique Koen Van Loo. Quatre banques d'affaires anglo-saxonnes ont été choisies pour coordonner l'opération : Bank of America Merill Lynch, JP Morgan, Citi et UBS. De quoi frustrer quelques banquiers belges, qui auraient aussi voulu leur part du gâteau. De quoi aussi susciter quelques commentaires négatifs sur les juteuses commissions payées aux banques d'affaires. "On a pris les meilleures offres avec les équipes les plus expérimentées sans qu'il y ait de risques que des concurrents de Belfius puissent avoir accès à des informations confidentielles", rétorque Koen Van Loo. "Et puis", ajoute-t-il, "les banques belges sont quand même dans le syndicat de placement en tant que "joint book runner". Elles n'auront pas à se plaindre".
La SFPI n'intervient nullement sur les aspects politiques tels que l'éventuelle indemnisation des coopérateurs d'Arco. "Cette question-là n'est pas entre nos mains. Nous ne sommes même pas associés aux groupes de travail qui ont été mis sur pied", souligne l'administrateur-délégué.
La SFPI n'a toutefois pas attendu la volonté du gouvernement Michel pour se pencher sur Belfius. En 2015, une étude avait été demandée aux banques Nomura et Leonardo pour se pencher sur les actifs de la SFPI dont Belfius, valorisée entre 7 et 9 milliards d'euros.