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Peter De Keyzer n’a pas réfléchi trop longtemps lorsque BNP Paribas Fortis lui a proposé, voilà quelques mois, de succéder à Freddy Van den Spiegel comme Chief Economist. Il y a des propositions que l’on ne refuse pas.

"Cela a été une totale surprise pour moi, car il n’y avait pas longtemps que j’avais rejoint la société Petercam, où j’aimais travailler. Mais quand on vous propose de travailler comme Chief Economist dans la plus grande banque du pays, il ne faut pas réfléchir trop longtemps", confie-t-il.

Peter De Keyzer a toutefois dû mener une négociation un peu plus délicate avec Karen, son épouse. "Un tel poste exige une disponibilité maximum, notamment en soirée pour des présentations aux clients de la banque. Cela a forcément des répercussions sur la vie privée." Une négociation manifestement menée avec succès. Le 1er avril dernier, Peter De Keyzer devenait le nouveau Chief Economist de BNP Paribas Fortis - "le nec plus ultra en Belgique" - à 35 ans à peine.

Voilà une carrière déjà rondement menée, et qui a débuté en 1998 au sein de la Faculté des sciences appliquées de l’Université catholique d’Anvers. Après avoir étudié l’économie générale - "la matière n’était pas très populaire" -, il se lance dans un doctorat. Mais il a rapidement un goût de trop peu. "Vous êtes alors spécialiste dans un domaine, mais vous connaissez peu les autres domaines."

Il rejoint donc le Département d’études de KBC Asset Management. Il est chargé de suivre l’économie japonaise, un pays pour lequel on ne se bouscule pas au portillon. "Celui qui débute doit prendre l’économie la moins populaire." Il fait toutefois ses premières armes. "C’est là que j’ai reçu ma formation pratique." Il s’occupe ensuite de l’Europe. Et puis, des Etats-Unis. "C’était une promotion. Traiter de la politique monétaire de la Réserve fédérale avait quelque chose de mythique pour moi, alors que la Banque centrale européenne était toute jeune. La Fed, c’est là où tout se passe. Et puis, les Etats-Unis, c’est un pays fabuleux pour un économiste. Vous avez des statistiques qui remontent jusqu’en 1950, alors qu’il est difficile de trouver en Europe des statistiques remontant avant les années 90 ."

Cinq ans après son arrivée chez KBC, il met les voiles. "La KBC est très hiérarchique. Il faut attendre que quelqu’un parte pour progresser." Et comme il voulait progresser, il part chez ABN Amro Private Banking Belgium. Il y devient Chief Investment Advisor. Là encore, il effectue de nombreuses présentations, en se basant sur le scénario général établi par le Chief Economist d’ABN Amro installé à Amsterdam et le Chief Strategist installé, lui, en Suisse. "Je puisais dans leurs graphiques, mais pour le reste, je bénéficiais d’une liberté considérable. Quand je parlais de la politique de la BCE, de l’inflation ou encore de l’Allemagne, c’était ma propre opinion que je formulais."

Une opinion bien pertinente, puisqu’elle séduit Petercam, où Peter De Keyzer est appelé à remplacer, en septembre 2009, le très médiatique Geert Noels comme Chief Economist. "Je n’ai pas réfléchi très longtemps avant d’accepter la proposition. Je savais que cela n’allait pas être facile, mais c’était aussi un honneur."

Mais un an et demi plus tard, il est cette fois chez BNP Paribas Fortis. Difficile de résister à l’appel de la plus grande banque du pays. Il doit être son visage auprès des médias et du public. "Je suis là pour montrer que nous ne sommes pas seulement une grande banque, mais que nous sommes présents dans les débats publics en proposant une expertise forte."

Pour cela, Peter De Keyzer peut s’appuyer sur l’expertise des collaborateurs de BNP Paribas Fortis, mais également de l’ensemble du groupe BNP Paribas. A lui, ensuite, de proposer une "vision cohérente" de ce qui se passe, que ce soit en Belgique, dans la zone euro ou dans le reste du monde, afin de "nourrir le débat". "Que ce soit sur l’indexation, la note de la Belgique ou le modèle allemand, il n’est pas dans mon idée de lancer des débats ou des polémiques, mais d’être présent dans le débat avec des arguments. J’ai toujours voulu raconter des histoires et partager ce que j’apprends. Le rôle d’enseigner au public est très important. Il faut trouver la bonne métaphore, la statistique parlante ou encore la petite histoire qui permet de mieux faire passer un message. C’est ce que je fais aujourd’hui."

Reste à voir s’il n’aura pas une fois de plus la bougeotte très rapidement. "En Belgique, il n’y a rien d’autre qui pourrait me plaire. Et puis, il y a plein de sujets sur lesquels j’ai envie de me pencher, car je suis très curieux de tout, que ce soit la démographie, le vieillissement, l’avenir de la zone euro, l’emploi, C’est dans ces domaines qu’il faut être pour nourrir le débat." A plus long terme, une fonction internationale ne lui déplairait pas. Au FMI, par exemple.