Entreprise

Il est de ces décisions annoncées, prises, publiées et que tout fait perdre de vue pour un bon bout de temps. Il semble que l’Office économique wallon du bois puisse être rangé dans ce purgatoire politique riche en espèces.

C’est le 16 juillet 2007 que le gouvernement wallon PS-CDH précédent décida de sa constitution, en se disant sensible à la mise en œuvre d’une politique industrielle dans le secteur. La décision impliquait une concertation entre les ministres d’alors (comme d’aujourd’hui) à l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), et à l’Agriculture, Benoît Lutgen (CDH). Il fallut attendre un an, le 24 juillet 2008, pour que le même exécutif avalise la création de l’Office.

Ce n’était pas - ou ce n’est pas encore - insignifiant. L’Office devait/doit développer une stratégie transversale d’innovation et de développement visant à doper le secteur. Parmi ses missions officielles, non exhaustivement : la coordination de la politique de développement économique du bois, des conseils et avis, la promotion et la sensibilisation au développement du secteur, l’activation des moyens et supports supranationaux, la valorisation économique des ressources forestières. L’Office devait prendre la forme d’une filiale de l’ASE (l’Agence de stimulation économique, un bébé du premier plan Marshall).

Et depuis ? Plus rien, ou une extrême lenteur. On trouve trace de l’approbation de la mission déléguée à l’ASE le 19 décembre 2008; d’un appel à candidature de recrutement de 12 personnes, clôturé le 6 mars 2009; de la constitution officielle de l’Office le 9 juin; d’une AG constitutive le 22 juin et de la démission de son premier président, Bernard François, le 24 février dernier.

Dans l’opposition MR, on perd patience. "En pleine crise, au moment où tous les efforts devraient être mobilisés pour la relance de la Région et de son importante filière bois, il est déplorable que ce dossier soit en rade après trois ans", nous dit Willy Borsus. Ces recrutements prévus puis gelés, ce débat sur la localisation, ce conflit entre ministres sans doute, poursuit-il, sont exemplaires "de mauvaise gouvernance. On parle de l’ASE ? Dans ce dossier, c’est le gouvernement qu’il faut stimuler !".

Ministre de tutelle de l’ASE, M. Marcourt veut rassurer : "Des pourparlers sont actuellement menés pour pourvoir au remplacement de M. François. Dès la nouvelle désignation d’un Président, l’Office économique sera en mesure de dé marrer ses activités".

Ah, on oubliait : le ministre Marcourt ajoute qu’il lui paraît "évident" qu’il "n’y a pas de double emploi avec les activités de Valbois". La répartition des tâches devrait se faire naturellement, ajoute-t-on à son cabinet : à Valbois, l’animation du secteur; à l’Office économique wallon du bois, les activités de développement économique.

Et ça, c’est nouveau. Quand a été décidée la constitution de l’Office, il paraissait évident à bon nombre, et en tout cas à M. Marcourt, qu’elle signait la fin de Valbois. C’est là une ASBL créée en 1976 pour la valorisation de la forêt et la promotion de ses ressources. Et qui avait d’autant plus mal pris cette espèce d’avis de décès que l’association avait été créée non pas par la Région wallonne, même si elle la subsidie, mais par la députation provinciale du Luxembourg

On change donc d’optique, en ajoutant du neuf à du préexistant. Ce qui ne serait pas inédit en Wallonie. On l’a assez vu dans le tourisme ou la promotion des produits agricoles; ou encore dans les plates-formes web de sites "clé sur porte" pour les communes, dont on vient de voir ("La Libre" du 18) que l’une (Agoracités) avait dû se saborder pour l’autre (Communes Phone) !