Entreprise

Il fut un temps où chacun travaillait dans son coin, qu’il s’agisse des entreprises pharmaceutiques ou des chercheurs universitaires. Parfois même, les uns et les autres effectuaient les mêmes recherches, en ordre dispersé. Ce n’était pas toujours le plus efficace, même si la concurrence expliquait cet état de fait.

Mais les choses commencent à changer. "L’industrie a atteint un point d’inflexion", note Roch Doliveux, CEO d’UCB, mais aussi membre du conseil d’administration de la Fédération des associations et des industries pharmaceutiques (Efpia).

En fait, l’industrie pharmaceutique ne peut plus se permettre de faire cavalier seul si elle désire remplir son rôle, à savoir découvrir de nouveaux médicaments, notamment pour faire face aux multiples défis sociétaux, comme le vieillissement de la population.

Pourquoi ? Tout simplement parce que de nombreux brevets ont ou auront bientôt expiré, privant l’industrie pharmaceutique de "milliards d’euros de revenus", selon M. Doliveux.

D’où l’idée d’une collaboration ponctuelle entre les "gros bras" du secteur (Aztrazenaca, Bayer, Pfizer, Roche, UCB...), des entreprises de taille plus modeste et les milieux universitaires pour des projets ciblés, et ce, avec un but en tête : découvrir de nouveaux médicaments.

Le maître d’œuvre de cette nouvelle collaboration est l’IMI (Innovative Medicines Initiative), le plus important partenariat entre secteur privé et public dans le secteur bio-pharmaceutique. Le rôle de l’IMI est de "créer l’environnement nécessaire pour faciliter l’interaction entre tous les intervenants", a rappelé mardi son directeur, Michel Goldman, en présentant les 23 projets d’ores et déjà portés sur les fonts baptismaux dans le cadre de l’enveloppe de deux milliards d’euros financée à la fois par Efpia et l’Union européenne.

Comment ces projets voient-ils le jour ? Les membres de l’Efpia s’accordent dans un premier temps sur les sujets sur lesquels ils sont désireux de travailler ensemble. Car c’est là l’un des points majeurs du projet : des entreprises pharmaceutiques concurrentes mettent leurs efforts en commun dans la phase de recherche. Par souci d’efficacité, mais aussi parce qu’elles n’ont plus les moyens suffisants pour faire face à un tel effort financier pour des projets de grande ampleur.

Ensuite, l’IMI lance un appel d’offres, invitant les entreprises non membres de l’Efpia et les universités à faire acte de candidature pour collaborer aux projets proposés par l’Efpia. "La volonté est d’attirer les meilleurs partenaires possibles", souligne Michel Goldman.

Dans les faits, cela donne une très large collaboration : le projet Oncotrack, destiné à trouver de nouveaux modèles pour mieux cerner les réactions aux traitements de patients atteints d’un cancer, réunit sept sociétés membres de l’Efpia, quatre entreprises biotechnologiques et sept partenaires académiques.

Le plus dur reste toutefois à faire : que les efforts de ces dizaines de scientifiques soient couronnés de succès, dans quelques années...