Entreprise

La Banque du Japon (BoJ) a annoncé avoir injecté 6.000 milliards de yens (54 milliards d'euros) jeudi sur le marché monétaire en deux opérations pour soutenir l'économie après le séisme, portant à 34.000 milliards de yens (309 milliards d'euros) son apport total depuis lundi.

L'institut d'émission a d'abord procédé à une première injection de 5.000 milliards en début de matinée, suivie d'une deuxième, de 1.000 milliards de yens, à la mi-journée.

Ces deux nouvelles opérations s'ajoutent aux nombreuses autres effectuées depuis lundi, jour au cours duquel la BoJ a injecté quelque 15.000 milliards de yens, la somme la plus important fournie en une seule journée.

La BoJ veut aider les banques à se financer et à avancer des fonds à bas taux, la circulation monétaire s'étant tendue depuis le séisme et le tsunami qui ont dévasté le nord-est du Japon vendredi.

Certaines zones du nord-est de l'ile principale de Honshu ont été complètement détruites par les violentes secousses telluriques et le tsunami dévastateur de vendredi.

Les besoins financiers de la reconstruction risquent d'être énormes. Les opérations d'approvisionnement en liquidités devraient encore se poursuivre dans les prochains jours.

Record: un dollar s'échange pour 76,52 yens

Le gouvernement japonais a accusé jeudi les spéculateurs de provoquer une flambée historique du yen, qui risque d'aggraver les difficultés des firmes exportatrices nippones déjà éprouvées par les conséquences du séisme.

Le yen a atteint un nouveau record depuis la Seconde Guerre mondiale face au dollar dans les échanges asiatiques, le billet vert ne valant plus que 76,52 yens mercredi à 21H21 GM, une flambée que le gouvernement japonais a attribué à des mouvements spéculatifs.

Vers 03H00 GMT jeudi, le dollar cotait 79,20 yens contre 80,12 yens à 19H10 GMT à New York.

Le précédent record depuis la Guerre datait d'avril 1995, lorsque le dollar avait chuté à 79,75 yens.

Le yen grimpait aussi face à l'euro, qui ne valait plus que 110,24 yens vers 03H00 GMT contre 111,39 yens à New York à 19H10 GMT.

Nombre d'opérateurs ont parié sur un rapatriement massif dans l'archipel des fonds détenus par les compagnies d'assurance japonaises à l'étranger, afin de financer les gigantesques indemnités qu'elles devront rembourser aux sinistrés du séisme et du tsunami qui ont dévasté le nord-est du Japon.

Le ministre délégué à la Politique économique et budgétaire, Kaoru Yosano, a jugé qu'il s'agissait de "rumeurs sans fondement".

Les acteurs du marché voulant faire un bénéfice ont pourtant acheté en masse du yen pour devancer la montée à laquelle ils s'attendent, ce qui a fait bondir sa valeur.

Les compagnies d'assurance nippones disposent d'énormes réserves de liquidités et toute rumeur sur un mouvement de capitaux de leur part provoque une ruée des investisseurs.

"Il y a eu des spéculations et des mouvements nerveux" sur le marché des changes, a souligné le ministre des Finances, Yoshihiko Noda.

Certains opérateurs pensaient que les autorités nippones pourraient intervenir sur le marché des changes pour abaisser la valeur du yen, dont le renchérissement nuit aux affaires des groupes exportateurs.

"Je n'ai aucun commentaire à faire à ce sujet", a déclaré M. Noda. Le gouvernement du Japon est intervenu le 15 septembre, achetant massivement des dollars contre des yens pour arrêter une précédente flambée de la devise nippone.

Avec l'appui de la Banque du Japon, il avait vendu 2.125 milliards de yens (18,5 milliards d'euros), un montant record pour une intervention unique. Après avoir baissé dans un premier temps, le yen était toutefois rapidement revenu à ses niveaux d'avant l'intervention dans les jours suivants.

Plusieurs banques ont évalué à 100 milliards de dollars le coût attendu du séisme et du tsunami pour la troisième puissance économique mondiale, soit à peu près le coût du tremblement de terre de Kobe (centre-ouest du Japon) en 1995.

Le gouvernement japonais a affirmé que la catastrophe devrait avoir un impact "considérable" sur l'économie du pays. Le cours de la bourse- baisse modérée à la Bourse de Tokyo, l'action Tepco chute

L'indice Nikkei 225 des valeurs vedettes de la Bourse de Tokyo a clôturé jeudi en baisse modérée de 1,44%, les investisseurs semblant suspendus, comme le reste de la planète, aux efforts des techniciens japonais pour refroidir les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima.

L'indice Nikkei 225 des valeurs vedettes a perdu 131,05 points à 8.962,67 points, une perte assez importante certes, mais négligeable après les deux journées noires de lundi et mardi, qui avaient vu 16% de pertes cumuluées. Le Nikkei avait repris 5,68% mercredi, porté par des achats opportunistes de titres à prix bradés, aussi la séance de jeudi est elle la première à ne pas se terminer sur un mouvement brutal, six jours après le séisme et le tsunami du 11 mars.

L'indice élargi Topix de tous les titres du premier tableau, qui couvre des entreprises d'un nombre plus vaste de secteurs, a perdu de son côté 0,84%, s'effritant de 6,83 points à 810,80 points.

Le volume des échanges est resté exceptionnellement élevé, atteignant 4,11 milliards de titres échangés, soit le double d'une journée de cotation "normale".

Le Nikkei a perdu plus de 4% en début de séance, mais a limité ses gains à partir de la fin de matinée, à mesure que des hélicoptères de l'armée japonaise déversaient des trombes d'eau sur deux réacteurs de la centrale de Fukushima pour tenter d'y refroidir le combustible qui menace d'entrer en fusion.

L'action de la compagnie d'électricité japonaise Tokyo Electric Power (Tepco), qui exploite les réacteurs nucléaires de Fukushima, a toutefois encore perdu 13,35%, à 798 yens, après avoir dévissé de 56,6% durant les 3 précédentes séances.

Le yen a en outre abandonné en milieu de séance une partie de ses gains enregistrés face au dollar dans la nuit et la matinée, au cours desquelles la monnaie nippone a atteint un niveau record, ce qui a également apaisé les investisseurs.