Entreprise

Il est révolu le temps de la pêche excédentaire. La politique européenne a réduit à la fois flottes et quotas. La Belgique a payé le prix fort à l'Europêche. Notre flottille est la plus petite de tous les Etats membres de l'Union. Selon le VLAM, l'Office flamand d'agromarketing qui assure la promotion des produits «flamands» en Belgique et à l'étranger, en termes de commerce du poisson, nous ne représentons plus que 4 pc du marché européen. Notre pêche devient presque artisanale, avec des spécialités, telles que la sole de mer du Nord, les crevettes grises, auxquelles il faut ajouter la pisciculture d'eau douce, dont sont issues différentes sortes de truites, de carpes...

Si la consommation belge de produits de la mer s'élève à 20,2 kilos par personne et par an, 90 pc de ce que nous consommons est importé. Chaque année, les importations de poissons et crustacés représentent quelque 200.000 tonnes (données VLAM, année 2001). En termes de volume de captures, sur la base de 14 Etats membres en 2001, nous nous classions avant-dernier avec 0,49 pc, juste devant l'Autriche à 0,01 pc! En 2003, les prises transportées par les bateaux battant pavillon belge ont représenté 23.600 tonnes, alors qu'en 1960, nous dépassions les 53.000 tonnes.

Ces chiffres traduisent une tendance générale. Les débarquements de poissons dans les ports de l'Union européenne continuent de diminuer. Entre 2000 et 2002, la baisse était de 3 pc. La valeur, par contre, a grimpé de 9 pc. Le prix moyen des produits de la pêche est passé de 1,2 €/kg à 1,39 €/kg sur la même période. A titre d'exemple, chez nous, le prix du cabillaud a doublé en 5 ans. L'espèce est d'ailleurs menacée. La mer du Nord a perdu 30 pc de ses réserves en 2002.

Ce n'est donc pas un hasard si Carrefour a décidé d'investir dans le cabillaud norvégien d'élevage. Plutôt que d'engraisser des poissons capturés au large, le géant de la grande distribution a pris le problème à la base. En créant une filière au départ de fermes marines situées à l'extérieur de fjords, Carrefour élève la morue, de l'oeuf au poisson adulte. La méthode s'inspire de celle qui a fait ses preuves pour le saumon. Cette filière et un label de qualité «cabillaud d'élevage» seront présentés à la presse le 5 mai prochain, dans le cadre de l'European Seafood Exposition. Il faut dire qu'en termes de ventes, le cabillaud a la cote chez Carrefour. Il est le maître achat au rayon poissonnerie, avec 800 tonnes découpées pour 2003, suivi par le saumon et la sole. Hors surgelés, Carrefour traite par an 15.000 tonnes de poissons et crustacés, dont 3.800 tonnes de poissons frais (poids net). Le frais représente 80 pc du volume magasin, contre 20 pc pour le surgelé. Et ce segment totalise un chiffre d'affaires de 132 millions d'euros pour 2003. Selon Peter Herrebout, responsable du bureau d'achat «Marée» de Carrefour Belgique, le volume comme le chiffre d'affaires ont toujours été en augmentation. «Nous n'avons jamais connu de baisse. Tout dépend bien sûr des opérations promotionnelles que nous menons. Il y a parfois une petite diminution au niveau du poisson frais, mais globalement Carrefour a toujours été en hausse. Afin de contrer la crise, nous avons pratiqué des campagnes de promotion agressives. Cela a permis de compenser ce que nous avons perdu en ventes ordinaires.» En termes d'achat, Carrefour a pour politique de se positionner à la source et est ainsi présent en Islande, Norvège, Danemark, Canada, USA, Ecosse, Irlande, France, Hollande et Belgique. Depuis 2003, l'entreprise s'est dotée d'un système qui permet d'acheter en ligne dans les quelques criées qui sont passées à l'heure du numérique. «Nous achetons en direct, sous le nom de Carrefour Belgique, à Ostende et Zeebrugge, mais aussi sur les criées du Danemark d'Angleterre et des Pays-Bas.»

Si le secteur de la grande distribution se distingue rayon achats, il est d'autres entreprises qui traduisent à merveille la hausse constante de nos exportations de poissons et produits transformés. De 57.000 tonnes en 1994, la Belgique exporte désormais plus de 132.000 tonnes. C'est dire que l'industrie de transformation du poisson est florissante. Le berceau de cette activité est situé dans la région de Malmedy, là où fleurissent quelques enseignes «Gabriel». La société Gabriel a été créée voici plus de 50 ans. Au fil des années, elle s'est spécialisée dans la pisciculture et le transport de poissons vivants à travers l'Europe. En 1987, l'entreprise familiale ouvre une usine en Belgique et part à la conquête de nouveaux marchés. Elle rachète des piscicultures en France, Allemagne, hors Europe... en Colombie, en Guyane... Petit à petit, la direction belge perd la maîtrise de ses activités à l'étranger. L'aventure se termine par une faillite en 2001... suivie d'une reprise immédiate par Meuse Invest et Robert Denis, bourgmestre de Malmedy. Ingénieur, l'homme connaît bien l'enseigne, il est à la base du brevet pour le transport du poisson. Une technique unique en Europe mais qui, aujourd'hui, ne fait plus partie du business de Gabriel. La société s'est recentrée sur l'activité de transformation qui la positionne désormais comme première du secteur en Belgique. L'usine, qui emploie une cinquantaine de personnes, traite principalement truites et saumons.

«Nous travaillons le poisson frais entier. Nous le transformons, soit en le fumant, soit en le préparant en mousseline, salades, marinades... Nous travaillons plus d'une centaine de tonnes de poissons par semaine, soit 5.200 tonnes par an», explique Benoît Fabry, directeur commercial de Gabriel. L'entreprise fournit essentiellement le secteur de la grande distribution belge, allemande et française.

Toujours dans la même région, on trouve un autre acteur majeur, né de la faillite de 2001. New Gabriel Europa, basé à Ligneville, appartient désormais au groupe italien Rossi. Détenteur du brevet de transport de poissons vivants, il se positionne comme le leader européen dans cette discipline. New Gabriel Europa transporte des poissons à travers l'Europe. Ses camions viviers véhiculent des carpes dans les pays de l'Est, des alevins de dorades et de bars de l'île d'Oléron jusqu'à Malte, en Espagne ou en Grèce. Ceci atteste que l'activité piscicole wallonne ne connaît pas de frontières.

En Flandre, où le format des entreprises actives dans ce registre est plus restreint, l'activité est à concurrence de 40 pc tournée vers l'exportation. Si, à l'échelon européen, la Belgique du poisson ne pèse pas lourd, la comparaison s'arrête là lorsque l'on opère un coup de zoom sur l'activité des différents acteurs situés en aval de la pêche.

© La Libre Belgique 2004