Entreprise

Agoria, la fédération patronale belge qui regroupe les entreprises du secteur technologique (automobile, aérospatiale, informatique, etc.), n’a pas les mêmes contraintes que la Fédération des entreprises de Belgique… Quand la FEB se voit contrainte d’arrondir les angles pour arracher un accord social, Agoria ne met pas de gants pour afficher ses critiques et doléances. Ainsi, la semaine dernière, Marc Lambotte, patron d’Agoria, avait eu des mots assez rudes à l’égard de l’accord social conclu par la FEB au sein du Groupe des Dix. "Ceux qui pensent qu’il y a encore de la marge pour une augmentation de salaire de 0,8 % font erreur" , avait-il tonné.

Jeudi, le même Marc Lambotte en a remis une couche. Mais avec humour, cette fois, afin de bien faire passer le message de ses membres (plus de 1 700 entreprises actives dans 10 domaines d’activité, ce qui en fait la plus grosse fédération sectorielle du pays). Passant un tablier par-dessus son veston, M. Lambotte s’est amusé à répartir des pommes dans deux vasques en verre pour expliquer que, face au reste du monde, la Belgique avait perdu plusieurs de "ses avantages de localisation" au cours de la période 2008-2014. "Ces avantages qui caractérisaient notre pays ne font plus aujourd’hui le poids face aux désavantages" , a-t-il résumé.

En ballottage défavorable

Certes, admet-on chez Agoria, la Belgique peut encore faire valoir ses atouts en matière de soutien à la R & D, d’infrastructures ou de maîtrise des langues pour séduire les investisseurs. En revanche, ce ne serait plus le cas pour les atouts tels que la mobilité, la flexibilité du marché du travail, la stabilité sociopolitique ou la disponibilité de main-d’œuvre.

"Quand on fait la balance entre avantages et désavantages, ce n’est pas très clair de savoir de quel côté elle penche, constate Marc Lambotte face aux deux vasques de pommes. Dans pareil scénario, l’investisseur en revient au critère ultime du prix, c’est-à-dire du coût salarial." Nous y revoilà ! S’il y a bien un problème qui handicape l’industrie technologique belge, répète à l’envi Agoria, c’est celui du handicap salarial. Depuis 2008, les entreprises affiliées à la fédération auraient accusé une perte de 10 % d’activité et de 21 000 emplois à la suite d’une centaine de restructurations et fermetures (dont celle du site de Ford à Genk qui, à la fin de 2014, a coûté 4 000 emplois). La faute à la disparition des avantages de localisation, dit Agoria, et surtout au coût du travail.

Un plan "compétitivité" phasé

Le message politique d’Agoria est direct : le gouvernement de Charles Michel doit accélérer le pas s’il ne veut pas voir d’autres entreprises quitter le territoire belge. "L’accord gouvernemental a permis de franchir une première étape en adoptant une mesure telle que le saut d’index. Mais il en faudra d’autres si on veut remettre l’économie belge sur les rails" , insiste Marc Lambotte. Pour Agoria, il est indispensable que le gouvernement Michel élabore "rapidement" un plan phasé afin d’éliminer "progressivement" le handicap salarial de la Belgique vis-à-vis de la France, des Pays-Bas et de l’Allemagne.

Dans l’immédiat, Agoria affiche un certain scepticisme. Pour au moins deux raisons. Un : le préaccord salarial conclu la semaine dernière ouvre la porte à une hausse des salaires, en 2015-2016, dans les secteurs. "J’aurais préféré 0 %" , glisse M. Lambotte. Deux : concernant le saut d’index, le gouvernement n’a toujours pas déposé de texte au Parlement. "Avec ce retard, nous craignons de devoir payer une indexation de 0,2 % cette année." Agoria, on le voit, n’entend rien lâcher.