Entreprise La Bourse américaine, toujours plombée par la psychose des scandales, ouvrait à nouveau en baisse jeudi. Le DJIA, principal indicateur de Wall Street, s’est ainsi ralenti brusquement 25 minutes après l’ouverture de la séance officielle jeudi, après une poussée de panique qui a failli le faire descendre en-dessous de la barre des 8.700 points.

De manière générale, la dégringolade des marchés financiers depuis six mois met en péril la reprise économique mondiale en cours, en pesant sur les comptes des entreprises, sur la confiance des consommateurs et sur les revenus des épargnants américains.

En repli depuis mi-2000, les bourses ont redoublé de volatilité, notamment après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, mais également dans la foulée des grands scandales financiers concernant les manipulations comptables d'entreprises américaines, comme le courtier en énergie Enron, l'opérateur de télécommunications WorldCom ou encore tout récemment le pharmacien Merck.

GRACE AUX MENAGES

C'est la vigueur de la consommation des ménages, en particulier aux Etats-Unis, qui a permis à l'activité de ne pas sombrer après le 11 septembre et même de se reprendre fortement dès le premier trimestre de cette année.

Mais la baisse de la bourse, pour nombre d'épargnants américains dont les retraites sont gérées par des fonds de pension investissant sur les marchés financiers, met à mal ce qui a été en 2000 et en 2001 le principal moteur de l'économie: les dépenses des ménages. "L'incertitude et l'évolution de la confiance des investisseurs et des entreprises constitueront le principal risque pour la poursuite de la reprise au second semestre 2002", estime Stephen Gallagher, économiste de la Société Générale pour les Etats-Unis.

COMME EN 1996

Désormais, la chute des bourses, Wall Street en tête suivie par les places européennes et asiatiques, entame fortement le capital d'entreprises qui devaient prendre le relais des consommateurs en recommençant à investir: acheter des biens d'équipement, construire de nouveaux locaux, acquérir du matériel informatique par nature rapidement obsolète, voire même embaucher.

Richard Berner, économiste de Morgan Stanley, avertit: "La réaccélération économique dépend toujours d'une amélioration des revenus (des ménages) et d'une croissance des bénéfices (des entreprises)". Une baisse plus prononcée des bourses, jusque par exemple à leurs niveaux de 1996, "accentuerait les inquiétudes en termes de crédit, rendrait les créanciers et les investisseurs encore plus réticents à financer et engendrerait davantage de prudence de la part des consommateurs et des entreprises", souligne-t-il.

L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) nuance: la dégringolade des marchés financiers, qui s'apparente de plus en plus à un krach, est certes "annonciatrice de difficultés de financement de l'investissement mais au regard des indicateurs conjoncturels, la reprise ne serait que différée".