Entreprise Elle propose une réduction des émissions et veut favoriser les véhicules propres.

Afin de pouvoir respecter son engagement d’être à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique, l’Union européenne demande à l’industrie automobile de prendre sa part de l’effort. "L’UE a réduit ses émissions [de CO2] de 23 % depuis 1990, tandis que les émissions liées au transport routier ont augmenté d’environ 20 %. Cela va clairement l’encontre de nos objectifs climatiques liés à l’accord de Paris", a justifié le commissaire chargé de l’Action pour le climat, Miguel Arias Cañete, mercredi à Bruxelles, lors de la présentation du paquet législatif de l’exécutif européen. Le secteur des transports routiers représente en effet 22 % des émissions de CO2 dans l’Union. Un effort du secteur automobile est d’autant plus attendu que les révélations successives du Dieselgate ont prouvé que les constructeurs ont menti quant au niveau d’émission réel des véhicules produits.

La Commission n’en marchait pas moins sur des œufs et a fait l’objet d’un intense lobbying de la part du secteur automobile, allemand en particulier. Finalement, elle propose une réduction de 30 % (et non 35 %, comme envisagé) des émissions de CO2 des voitures particulières et des camionnettes neuves, par rapport au niveau de 2021, avec un objectif de réduction intermédiaire de 15 % à l’horizon 2025. Selon le commissaire Cañete, ces objectifs sont "ambitieux, efficaces au regard de leur coût, et applicables". Cette proposition doit désormais être étudiée, amendée et négociée par le Conseil et le Parlement européens avant d’être adoptée.

L’objectif environnemental se double d’une volonté d’accélérer la transition de la production automobile européenne vers des voitures émettant peu, voire plus du tout de CO2, pour assurer la compétitivité du secteur, a insisté la commissaire chargée du Marché intérieur, de l’Industrie et de l’Entrepreunariat, Elzbieta Bienkowska. En matière de voitures propres, l’UE est à la traîne. Selon l’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA), le parc automobile européen ne comptait en 2015 que 0,1 % de voitures électriques et 0,4 % d’hybrides.

Vertes critiques

La Commission n’est cependant pas allée jusqu’à proposer, ainsi qu’on lui prêtait l’intention, des quotas de production de véhicules propres par les constructeurs. Le vice-président de la Commission chargé de l’Union de l’énergie, Maros Sefcovic, a indiqué que l’exécutif européen privilégie un mécanisme "d’incitation", sous forme d’augmentation des limites d’émissions de CO2 de la flotte d’un constructeur qui aurait dépassé le seuil "idéal" (fixé par l’UE) de productions de voitures propres.

Les propositions de la Commission ont été fraîchement accueillies par le secteur automobile. L’ACEA a qualifié l’objectif d’une réduction des émissions de 30 % à l’horizon 2030 de "démesurément exigeant", arguant que la proposition "confronte l’industrie automobile à des défis extrêmes".

Dans l’autre sens, les critiques des partisans d’une approche plus ambitieuse sont tout aussi vertes. L’eurodéputée belge Kathleen Van Brempt (groupe des socialistes et démocrates) a déploré, dans un communiqué, qu’il "sera bien plus difficile pour les Etats membres d’atteindre leurs objectifs de réduction des gaz à effets de serre pour 2020 et, pour l’UE, de respecter ses engagements climatiques". Son homologue verte Karima Delli estime que la Commission "refuse de tirer les leçons du Dieselgate au détriment de l’environnement et des consommateurs".