Entreprise Changements à Genève

Habituée à la discrétion, la banque privée suisse Lombard Odier a décidé de communiquer. Elle justifie sa sollicitation auprès de certains journaux européens par le changement de statuts. Elle a choisi de transformer sa structure juridique faîtière d’une société en commandite simple en une société en commandite par actions de droit suisse, avec effet au 1er janvier 2014.

Rumeurs de fusion

Dans les 30 secondes qui ont suivi cette annonce (intervenue début février quasi au même moment que la banque suisse Pictet), des supputations ont surgi sur des velléités de changement d’actionnariat ou de mise en bourse. "Si on avait voulu fusionner, cela aurait été la plus mauvaise solution. Notre choix ne change rien à la philosophie, à la gestion et à la propriété du groupe", ont expliqué Thierry Lombard et Frédéric Rochat, deux des huit associés-gérants, lors d’un entretien avec "La Libre".

Si cette banque, née en 1796, a choisi l’entité de commandite par actions plutôt qu’une société anonyme, c’est parce qu’elle permet de "garder tous les atouts du partnership" tout en permettant au groupe de fonctionner "de façon plus efficiente" en particulier pour les activités internationales.

Lombard Odier, qui occupe 2 000 personnes dans le monde, se présente comme une entreprise familiale spécialisée dans la gestion privée et institutionnelle. Elle affiche des actifs sous gestion de 190 milliards de francs suisses. Avec la crise financière de ces dernières années, elle dit avoir vu affluer des clients de grandes banques où "les services sont de moins en moins personnalisés". "Une de nos grandes forces, c’est de n’avoir pas d’activité de bilan ou de banque d’affaires."

Officiellement, la banque ne se montre pas inquiète par le moindre attrait que pourrait avoir la Suisse suite aux mesures prises par de nombreux pays de l’Union européenne pour lutter contre l’évasion fiscale (dont les opérations d’amnistie en Belgique). Au contraire, elle semble surfer sur la vague de la crise dans la zone euro. "Oui, il y a des changements sur la nature de la clientèle, mais ce sont des changements qu’on a anticipés depuis 50 ans. Ce qui nous rassure c’est qu’il y a beaucoup d’inquiétude dans le monde de la finance et beaucoup de besoins au niveau des capitaux privés et institutionnels. Il n’y a jamais eu autant de capitaux dans le monde qui ont besoin de services et de conseils", expliquent Thierry Lombard et Frédéric Rochat.

Et de relever une nouvelle clientèle fortunée venue du Moyen-Orient qui est intéressée par la Suisse non pas pour la fiscalité mais pour "certains attributs qui ont fait la base de l’attrait du pays, c’est-à-dire une certaine stabilité économique et sécurité juridique". Cet afflux de clientèle fut particulièrement frappant lors du printemps arabe.

Cet attrait de la place suisse fut aussi visible avec la crise de l’euro : beaucoup de clients européens sont venus déposer une partie de leurs actifs en Suisse "pour des questions de stabilité et de sécurité alors que c’était des actifs totalement déclarés". Ce fut particulièrement perceptible au moment où l’Espagne était la cible des marchés.

"La crise de l’euro pour nous n’a pas été négative dans le sens où nos plus grands compétiteurs sur ces dernières années étaient les grandes banques. C’est vrai que de ce point de vue-là, la crise a joué un peu en notre faveur. Beaucoup de clients fortunés ont réalisé que big n’était pas toujours beautifull", expliquent Thierry Lombard et Frédéric Rochat.

32 personnes à Bruxelles

L’internationalisation du groupe bancaire (qui est aussi présent dans des paradis fiscaux comme les Bermudes, Nassau ou Gibraltar) vise à garantir "une vision globale des marchés", souligne la banque dans sa brochure de présentation.

L’ouverture d’une succursale à Bruxelles (où travaillent 32 personnes pour des avoirs sous gestion de plus de 2 milliards d’euros) remonte à 2004. "On a anticipé ce qui se passe, à savoir la volonté des clients de se retrouver sur leur marché national", soulignent Thierry Lombard et Frédéric Rochat.

La banque met aussi en avant son image haut de gamme même si elle se garde d’afficher un ticket d’entrée exorbitant (avec des portefeuilles de minimum un à deux millions pour le client privé). "Dans le secteur, il n’y a pas beaucoup d’Hermès", résume Thierry Lombard.