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La flambée des cours du pétrole et le délai dans le déclenchement d'une reprise économique vigoureuse en Europe ont tué le dynamisme du secteur automobile européen depuis le début de l'année 2004. Alors que celui-ci avait été un des secteurs phares de la seconde moitié de l'année 2003, sa performance est à peine supérieure à celle de l'indice DJ EuroStoxx 50 depuis le début de l'année. Si sur un an, les performances de Volkswagen (+13 pc) et de BMW (+17 pc) restent appréciables, leurs cours affichent au mieux une performance stabilisée depuis le début de l'année 2004.

INDÉCISION

Si la demande en Europe a eu tendance à se redresser de manière modérée depuis le début de l'année, les perspectives restent relativement indécises pour les mois à venir. «Nous nous attendons à ce que la demande se ralentisse à nouveau pendant le second semestre, sous l'effet conjugué d'une hausse des taux sur certains marchés (Royaume-Uni) et des prix du pétrole élevés qui risquent d'impacter négativement les ventes de certains modèles», constate un analyste.

La grande proportion de voitures roulant au diesel et la plus grande proportion de voitures économiques devraient toutefois limiter l'impact de la hausse des prix du pétrole sur la demande en Europe. De manière plus spécifique pour Volkswagen et BMW, le marché allemand continue d'être un des plus faibles au niveau européen (ventes en baisse de 14 pc depuis 1999), même si une amélioration est attendue pour la seconde partie de l'année.

BMW toutefois est parvenu à augmenter ses parts de marché sur les 12 derniers mois et à les maintenir en dépit de la sortie de nouveaux modèles chez ses concurrents. Le groupe est également parvenu à enregistrer une progression de ses ventes sur le marché allemand, malgré le recul de ce marché dans son ensemble. De son côté, la tendance a été négative pour Volkswagen sur les 12 derniers mois, même si la part de marché du groupe a eu tendance à se redresser depuis le début de l'année, essentiellement grâce à la bonne santé des marques VW et Skoda, tandis que les performances d'Audi et de Seat sont restées décevantes.

PRESSION SUR LES PRIX

« Depuis le milieu des années 90, le prix de vente des voitures (ajusté par l'inflation) s'est détérioré d'environ 10 pc, en raison de diverses mesures gouvernementales et de recours de plus en plus fréquents à des promotions des différents constructeurs. De plus, cette tendance ne s'est pas inversée lorsque les conditions économiques sont devenues plus favorables vers la fin des années 90.»

Dans ces conditions, certains analystes estiment aujourd'hui peu probable, même en cas de redressement de la demande dans les mois à venir, que l'impact soit nécessairement fortement perceptible sur la rentabilité des groupes automobiles européens. D'où peut-être la nécessité d'alliance dans un futur plus ou moins éloigné. Les groupes sont, en effet, relativement peu endettés, ce qui limite la pression à conclure une alliance à court terme.

Aux cours actuels, Volkswagen se négocie à des ratios de valorisation assez attractifs, soit à un peu plus de 8 fois le bénéfice attendu pour 2005. Il faut toutefois noter que les prévisions des analystes se sont inscrites en fort recul depuis plus d'un an. Les premières estimations pour le résultat 2005 du groupe se situaient en moyenne au-dessus de 8 € par action, contre 4,4 € dernièrement, ce qui indique assez clairement la passe difficile que le groupe a traversée, et la confiance que le management va devoir reconstituer avec les investisseurs institutionnels. Chez BMW, la tendance est également baissière, mais nettement plus modeste (de 3,9 vers 3,5 € pour le résultat 2005) et peut être totalement expliquée par l'évolution des cours de change.

BMW RESTE LA RÉFÉRENCE

Pour Volkswagen (7 avis positifs, 15 neutres, 13 négatifs), le consensus est négatif sur les derniers mois. Si les ventes de la nouvelle Golf semblent aujourd'hui suivre les prévisions du management, le groupe continue d'entretenir trop de marques (Seat, Skoda, Audi, Bentley, Bugatti, Lamborghini) dont beaucoup ne bénéficient pas du poids de la marque Volkswagen et profitent de peu d'économies d'échelle. Seat est ainsi à l'équilibre ou en déficit depuis de nombreuses années, en dépit de la forte croissance enregistrée sur le marché espagnol depuis le début des années 90.

En 2003, le groupe a dégagé un chiffre d'affaires plus de deux fois plus élevé que celui de BMW, pour un résultat net qui s'est révélé deux fois inférieur, ce qui souligne assez nettement les problèmes de rentabilité que connaît le groupe. Les analystes sont en outre généralement peu confiants dans les mesures de restructuration annoncées par la direction du groupe et estiment qu'elles ne seront pas suffisantes pour permettre au groupe de redresser durablement ses marges bénéficiaires. «Sans un fort redressement de la demande en Europe, le groupe risque de devoir se restructurer en profondeur.»

Pour BMW (22 avis positifs, 3 neutres, 0 négatif), le consensus reste irrémédiablement au beau fixe. Si le cours a un peu stagné depuis le début de l'année, les analystes sont apparemment convaincus que la reprise interviendra dans les mois à venir, grâce notamment au succès des nouveaux modèles (Séries 5 et 6, X 3) et au lancement en septembre des premiers modèles de la nouvelle Série 1. Le groupe dégage des marges bénéficiaires largement supérieures à celles de ses concurrents européens, essentiellement grâce au statut privilégié de sa marque qui lui permet d'enregistrer des ventes soutenues en dépit de son positionnement sur le créneau du luxe. Le groupe semble avoir toutefois aujourd'hui atteint un palier au niveau de sa couverture géographique et de son marché potentiel, ce qui constitue bien évidemment le principal danger qui pèse actuellement sur le cours du groupe à moyen terme. Pour 2005, les analystes s'attendent pour le moment à ce que le groupe n'enregistre qu'une croissance minime de son résultat par action, essentiellement en raison du lancement des nouveaux modèles qui nécessiteront beaucoup de ressources.

© La Libre Belgique 2004