Entreprise

RENCONTRE

Cette année 2003 est «l'année wallonne de la qualité des sols». Un exemple parmi d'autres témoignant d'une assez récente préoccupation dans la lignée du développement durable. Une matière à laquelle, en Belgique, les autorités régionales ont commencé à s'intéresser durant les années'90 en établissant des normes strictes de contamination des sols à ne pas dépasser. Les industries sont donc, à présent, tenues pour responsables de la qualité de leurs sols et ne peuvent plus abandonner un site sans l'avoir préalablement «nettoyé». Du coup, la remédiation (ou dépollution ou décontamination) est donc devenue chez nous un marché en pleine croissance, comme d'ailleurs un peu partout en Europe.

Le groupe Sita, une composante du groupe Suez, l'a compris dès le milieu des années '90, assez tôt donc comme en témoigne l'activité florissante de ses quatre sociétés de remédiation, dont la belge installée le long du canal de Willebroek à Grimbergen, et sa place de numéro un en Europe dans ce secteur d'activités. Ce qui représente, pour 2002, un million de tonnes de terre traitées.

Un essor qui s'explique aussi par une parfaite complémentarité entre les quatre sociétés composant Sita Remediation (en Belgique, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas) qui ont chacune développé leurs spécificités. Ainsi Sita Remediation, en Belgique, s'occupe principalement de procédés de dépollution biologiques et physico-chimiques. «En 1996, rien n'existait dans ce secteur en Belgique, on commençait juste à parler de dépollution alors qu'aux Pays-Bas, cela existait depuis 20 ans», explique Olivier D'Haene, le directeur financier.

Une différence de culture environnementale qui se retrouve également au niveau des activités belges puisque l'année dernière 80 pc du chiffre d'affaires provenait de Flandre où sont situés la plupart des 70 à 80 chantiers permanents que gère Sita Remediation en Belgique.

Mais le plus ambitieux de travaux de Sita Remediation est situé plus au nord, du côté de Stavanger en Norvège, juste à côté de l'aéroport. A Sola, après 35 ans d'activités, Norske Shell a décidé en 2000 d'arrêter et de revendre son site de 100 hectares à un projet de zone commerciale. Mais avant cette revente, la terre imbibée de pétrole devait être nettoyée. Après avoir décroché le contrat de dépollution en septembre 2001, les sociétés Sita Remediation belge et néerlandaise ont décidé d'unir leurs forces et techniques pour traiter les centaines de milliers de tonnes de terre.

Techniquement, l'opération est édifiante mais difficilement explicable par écrit. Disons juste que le terrain est divisé en parcelles de 14 m2 dont des échantillons sont prélevés et analysés pour déterminer leur niveau de pollution. Une fois ceci fait, on décide du traitement à appliquer à la parcelle. La terre nettoyée est ensuite réanalysée avant d'être replacée à l'endroit d'où elle vient. Un chantier qui occupe en permanence 15 personnes sur le terrain, avec des roulements d'équipe organisés régulièrement.

La société belge a envoyé sur places deux unités mobiles. L'une sert au traitement biologique des terres (nourrir le sol avec des agents qui facilitent le nettoyage naturel), l'autre est une vieille unité de traitement au gaz spécialement reconstruite pour l'occasion et transformée en unité de traitement thermique. Un chantier un rien pharaonique se déroulant dans des conditions climatiques pas toujours faciles. Et si les premières prévisions évoquaient 150.000 tonnes de terre à dépolluer, à la mi-octobre, ce sont 230.000 tonnes qui avaient été traitées. Une véritable carte de visite pour la société belge.

En plus de ces chantiers, l'usine de Grimbergen traite également environ 200.000 tonnes de terre par année. Les clients y apportent les terres à décontaminer. Une fois l'analyse de pollution effectuée, le traitement choisi est soit biologique soit physico-chimique. Le premier cité oblige la société à disposer d'un énorme hangar de stockage des terres puisque le traitement (par le biais de micro-organisme ou d'oxygénation) prend deux à quatre mois, la part principale de ce marché étant constituée des commerçants en carburant qui choisissent de fermer leurs pompes à essence. Le traitement physico-chimique est plus rapide: une machine sépare les différents éléments, les nettoie et les résidus, sous forme de boue, sont mis en décharge.

Et comme le veut la logique du recyclage, rien ne se perd puisque le sable et les pierres nettoyés sont revendus aux cimentiers, par exemple, ou pour construire des routes de chantier tandis que la terre est soit reprise par le propriétaire, soit réutilisée par Sita Remediation sur ses propres chantiers.

La dépollution nécessite également une grande activité de recherche en laboratoire ou sur l'ancien site industriel de Tessenderlo-Chimie, racheté pour une bouchée de pain mais dont la dépollution prendra 20 à 25 ans, donnant ainsi l'occasion à la société belge d'en faire un site d'expériences-pilotes afin de continuer à chercher les innovations. Parce que la concurrence montre désormais le bout du nez. D'autant plus que l'élargissement de l'Union européenne offre à ces sociétés de décontamination un véritable Eldorado sous la forme des pays anciennement communistes fortement industrialisés mais s'étant jusqu'il n'y a pas longtemps bien peu embarrassés de considérations environnementales.

© La Libre Belgique 2003