Entreprise

Entrepris il y a un peu plus d'un an par le ministère des Affaires étrangères, l'inventaire des valeurs russes d'avant 1917 détenues par des Belges qui demandent dédommagement est aujourd'hui terminé. Il en résulte, selon nos informations, que le montant des biens revendiqués aujourd'hui par nos compatriotes (ou leurs héritiers) spoliés par le communisme soviétique s'élève à quelque 30 milliards de BEF actuels (environ 740 millions d'euros).

A la suite de l'appel lancé aux possesseurs concernés d'obligations publiques, d'actions ou de parts de sociétés, de propriétés expropriées, d'oeuvres d'art confisquées etc., quelque 1 500 dossiers valables ont été transmis à la rue des Petits Carmes et confiés à un ministre plénipotentiaire. Ils se trouvent à présent à la Banque nationale pour affinement des calculs.

Le montant que nous venons de révéler ne tient pas compte des intérêts (sur un siècle, ce serait énorme) et ne représente évidemment qu'une très petite partie de l'ensemble des investissements belges réalisés dans l'empire des tsars, lesquels représenteraient aujourd'hui plus de 600 milliards (15 milliards d'euros) au total. Les réponses reçues et retenues après contrôles, en collaboration avec l'association Scripta Russiae Manent, «balaient» donc 5 pc de la mise de départ.

Si la proportion est mince, c'est parce que dans bon nombre de familles ou de sociétés, on n'a pas conservé de vieux papiers qui pouvaient passer, jusqu'en 1990, pour définitivement dévalorisés. Mais le vent de l'Histoire a tourné depuis et nombre de pays voisins, la France et la Grande-Bretagne notamment, ont obtenu des nouveaux dirigeants de la Fédération de Russie des accords d'indemnisation partielle.

QUAND POUTINE VIENDRA

A notre tour, donc, de présenter la douloureuse. Des contacts discrets ont déjà été noués avec Moscou à cet égard et il se dit que le tandem Verhofstadt-Michel aurait l'intention de mettre la question au menu quand le président Poutine viendra à Bruxelles, sans doute le mois prochain. En espérant que la présidence européenne donnera un peu plus de poids à leurs revendications.

Que fera la partie russe? Sans doute tenter de faire revoir les chiffres à la baisse, par exemple en refusant de prendre en compte des titres de sociétés faillies avant la prise du pouvoir par Lénine. La marge de contestation possible pouvant tourner autour de 10 milliards, il en resterait quand même 20. Mais sur base des précédents en la matière, on sait déjà que seul un pourcentage de ce montant sera payé.

Et c'est bien là que les Romains pourraient s'empoigner. Chez les porteurs et propriétaires, on craint une solution telle que celle acceptée par Paris, limitant le remboursement à un peu moins de 1 pc. Les négociateurs russes, en fait, avaient fait valoir avec succès que nos voisins du Sud s'étaient déjà «servis», au lendemain de la Première Guerre mondiale, de 40 tonnes d'or faisant partie d'un versement initialement fait par la Russie à l'Allemagne après sa paix séparée avec elle. La Belgique, à l'époque, ne fut pas conviée à ce partage entre vainqueurs. Une autre spécificité française est l'aide fournie aux Armées blanches à l'époque où les bolcheviques ne contrôlaient qu'une partie de la future URSS. Le Kremlin, en 1997, invoqua les pertes subies de ce fait pour alléger sa note encore un peu plus.

Pour les Belges, l'Angleterre, qui aurait obtenu plus de 40 pc, représente un modèle autrement alléchant. On se trouve d'ailleurs ici dans des ordres de grandeur beaucoup plus comparables: 1 500 dossiers chez nous et 3 677 outre-Manche contre... 315 000 outre-Quiévrain.40 pc, donc 8 milliards? Les plus optimistes espèrent la moitié...

© La Libre Belgique 2001