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Alors qu’ils avaient démontré leur capacité à traverser les crises récentes, les émergents montrent des signes de ralentissement. Les marchés émergents ont attiré l’attention des investisseurs ces dernières années grâce à leur potentiel de croissance et à leur valorisation raisonnable. En mai et juin, la classe obligataire de ces pays a enregistré la plus forte baisse depuis deux décennies en dehors d’une période de crise plus généralisée. Plusieurs facteurs sont à la base de cette dégradation.

Dettes et croissance

Dans un environnement économique mondial de plus en plus interconnecté, les annonces de Ben Bernanke concernant le ralentissement de la politique accommodante (quantitative easings) de la Federal Reserve ont eu des répercussions sur toutes les économies et plus spécifiquement sur celles des pays émergents dont le poids de la dette publique extérieure est lourd. Les attentes de hausse des taux d’intérêts américains provoquent une fuite des capitaux hors des économies émergentes. Par ailleurs, ces Etats, qui nous avaient habitués à des taux de croissance à deux chiffres, voient leur potentiel de croissance s’affaiblir. C’est le cas notamment de pays comme la Chine, la Russie ou le Brésil. En Chine, on s’attend à un ralentissement de la croissance à 7,6 % et à une hausse toujours modérée de 2,2 % des prix à la consommation en 2013.

La détente sur les prix des matières premières a aussi eu un impact sur les pays producteurs, bien évidemment. Certains gouvernements se sont également littéralement tiré une balle dans le pied en instaurant des politiques fiscales qui ont pénalisé leurs entreprises, comme ce fût le cas au Brésil ou en Russie. Il faut encore ajouter à ce sombre tableau les récents événements survenus en Egypte. Dans ce contexte, certains pays fortement dépendants des exportations doivent, aujourd’hui, faire évoluer leur système économique vers une production axée vers la consommation intérieure. “Dans de nombreuses économies émergentes, la croissance reste extrêmement dépendante des exportations dans un monde où les principaux marchés à l’exportation enregistrent une croissance inférieure à la moyenne ou sont frappés par la récession. En Chine, en Inde et au Brésil, la croissance a marqué le pas et les responsables politiques ont toutes les peines à assurer une transition sans heurts vers des modèles de croissance axés sur le marché intérieur”, note John Greenwood, économiste en chef chez Invesco.

Les problèmes des pays émergents ne sont pas encore résolus. Des devises comme la livre turque, le real brésilien ou la roupie indienne ont connu des chutes entre 10 et 17 %. L’Indonésie et la Turquie ont été contraintes d’augmenter leurs taux d’intérêts, ce qui pourrait heurter la croissance. Le Brésil et l’Inde sont face à une inflation grandissante.

Dans sa conquête du marché chinois, la Corée du Sud doit désormais tenir compte à la fois d’une compétition accrue avec son voisin japonais (en raison de la faiblesse du yen) et d’un ralentissement de la croissance en Chine. La Thaïlande a vu son économie ralentir pour le deuxième trimestre consécutif, ce qui signifie qu’elle est entrée en récession.

Le spectre de la crise ressurgit

Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, risque-t-on de se retrouver dans un scénario de crise comme en 1997 ? “La confiance des investisseurs dans les marchés émergents devrait lentement se rétablir, mais cela prendra du temps avant que les flux sortants récents ne soient totalement compensés. Toute comparaison avec la crise asiatique de 1997 est cependant hors de propos. Les marchés émergents sont en bien meilleure position qu’à l’époque lorsqu’on considère leur niveau d’endettement, aussi bien en termes absolus qu’en ce qui concerne la structure de la dette”, assure Asoka Woehrmann, Co-CIO de Deutsche Asset & Wealth Management.

La situation n’est pas homogène et, selon certains analystes, il y a lieu de tempérer cette inquiétude. “Sur 22 pays émergents, une dizaine enregistrent des surplus de leur balance courante et les positions extérieures de deux autres s’améliorent. Cela signifie qu’il reste 10 pays dont les positions de la balance courante doivent être revues. Cela veut dire que l’on peut s’attendre à une faiblesse de certaines devises et à un ralentissement de la croissance dans ces pays, des événements qui avaient déjà été anticipés. […] Les pays les plus souvent cités comme étant problématiques, la Turquie, l’Ukraine et l’Indonésie, ne représentent qu’une faible portion de la classe des dettes émergentes”, affirme Alexander Moseley, Senior Portfolio Manager chez Schroders.

Une position soutenue par Asoka Woehrmann : “Tandis que le potentiel de croissance des pays Bric diminue, d’autres pays prennent le relais. Les perspectives du Mexique et des pays de l’ASEAN sont bonnes. Plus précisément, la Corée du Sud et Taïwan prévoient une croissance significative de leur PIB au troisième trimestre. Les perspectives sont moins bonnes pour les pays ayant un déficit budgétaire. C’est le cas de l’Afrique du Sud, de la Turquie, de l’Inde et, dans une moindre mesure, de l’Indonésie et du Brésil par exemple.”

Notons par ailleurs que l’ensemble des pays émergents contribuent encore à concurrence de 80 % à la croissance mondiale.