Entreprise A Herstal, Safran Aero Boosters perd un client du moteur Silvercrest, et Sabca perd du travail pour ses sites de Haren et de Lummen.

Coup de tonnerre dans l’aviation d’affaires : Dassault Aviation a décidé d’arrêter le programme Falcon 5X, alors que l’avion vient d’effectuer son premier vol, le 5 juillet dernier. Du jamais vu dans l’histoire moderne de l’aéronautique, qui n’est pourtant pas avare en péripéties rocambolesques.

Avec le 5X, Dassault espérait damer le pion à la concurrence, Bombardier au Canada, Gulfstream aux Etats-Unis, sur un segment prometteur : l’avion d’affaires à fuselage large et à long rayon d’action. Il pouvait transporter 8 passagers et 3 membres d’équipage dans le plus grand confort.

Pour expliquer cet arrêt d’un programme dans lequel a été investi 1 milliard d’euros du côté avionneur, celui-ci invoque les retards répétés du motoriste, Safran, qui a lui investi 700 millions d’euros dans le moteur dédié, le Silvercrest. Retards indéniables puisque le moteur devait être initialement certifié en 2015. Aux dernières nouvelles, Safran visait le printemps 2018, mais, en octobre dernier, le groupe français annonçait la nécessité d’une nouvelle révision de calendrier de développement, afin d’optimiser le compresseur haute pression, soit le cœur même du moteur.

La faute à Safran ou au marché ?

Dassault aurait perdu patience, notamment suite à une accumulation d’annulations de commandes. L’on ne peut s’empêcher de penser que l’avionneur ne jette pas un milliard par les hublots. On sait que le marché des avions d’affaires peine depuis de nombreuses années, et que le marché est saturé par l’occasion. De nombreuses éclaircies annoncées n’ont pas ramené le beau temps.

L’hypothèse de difficultés de marché est confortée par l’annonce, simultanée à celle de l’arrêt du programme, du lancement d’un nouvel avion Falcon. Celui-ci, dont le nom n’est pas encore connu, aurait les mêmes caractéristiques que le 5X - diamètre de cabine identique, même rayon d’action identique de 10 200 km -, pour une entrée en service en 2022, plus tardive donc.

Et avec le motoriste Pratt & Whitney Canada, concurrent de Safran pour qui c’est réellement un coup dur. En effet, leader mondial des turboréacteurs d’avions moyen-courriers - CFM56 et Leap -, bien implanté dans le militaire avec le M88 propulsant le Dassault Rafale, Safran comptait, avec le Silvercrest, mettre un pied dans l’aviation d’affaires. Le 5X stoppé, il lui reste le Cessna Hemisphere pour assurer la survie du moteur.

Conséquences à Herstal, Haren et Lummen

La fin du Falcon 5X a des suites en Belgique. Safran Aero Boosters à Herstal fournit notamment le compresseur basse pression du Silvercrest. Si l’entreprise liégeoise n’est pas en cause dans les problèmes du moteur, liés au compresseur haute pression, elle n’en subit pas moins les conséquences.

La Sabca risque d’être encore plus touchée. L’entreprise belge avait obtenu de fabriquer le caisson central arrière de voilure (à Haren) et les stabilisateurs horizontaux de l’empennage (à Lummen). Le Falcon 5X devait représenter des rentrées de plus de 200 millions d’euros et une centaine d’emplois supplémentaires. Dassault étant actionnaire majoritaire de la Sabca, il y a fort à parier que l’entreprise belge récupérera un travail comparable sur le futur Falcon, mais avec un délai supplémentaire.