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ANALYSE

Extrêmement cyclique, l'industrie des pâtes, papiers et cartons est en pleine effervescence. Ses prix remontent à vive allure, au point de risquer d'étrangler certaines industries consommatrices. A la base du phénomène, nous dit Firmin François, directeur général de l'association Cobelpa: une forte demande, des capacités de production insuffisantes, la hausse considérable des prix des matières premières et la fermeté du dollar.

PAPIERS SANS BOIS

Les producteurs non intégrés de papiers haut de gamme (papiers blancs, d'impression et d'écriture, connus sous l'appellation de papiers sans bois) ont énormément souffert de la hausse de prix de la pâte marchande chimique. Cotée en dollars sur le marché mondial, cette matière a vu ses prix quasi doubler en un an, suite à une forte demande et à la faiblesse de l'euro. Ces fabricants n'ont pu répercuter ces hausses qu'avec retard sur leurs prix de vente. Depuis peu toutefois, les prix des pâtes chimiques se mettent à reculer.

Le constat est similaire pour les papiers domestiques, également fabriqués à base de pâte chimique. Ils ont même souffert davantage, car leur demande n'augmente pas. Les fabricants n'ont donc guère pu compenser le gonflement de leurs coûts par des ventes supplémentaires.

Les papiers à base de pâte mécanique, dits papiers avec bois, incorporent une quantité très importante de vieux papiers, qui interviennent pour près de 90pc dans la fabrication de papier journal! De ce fait, les éditeurs de journaux risquent l'étranglement. En janvier prochain, les prix du papier journal vont, en effet, enchérir de 20 à 25pc (conditions de paiement comprises), une hausse que les papetiers justifient par le triplement de prix des vieux papiers en l'an 2000! Ils se rapprochent ainsi du pic atteint lors du boom de 1995.

L'enchérissement vertigineux des vieux papiers constitue un phénomène dont le contrôle échappe totalement aux Européens, nous dit Firmin François. Les acheteurs asiatiques, qui s'approvisionnent traditionnellement sur le marché américain, s'en sont détournés et achètent leurs vieux papiers en Europe pour tirer avantage de la faiblesse de l'euro.

Pour les éditeurs de journaux, la hausse de prix du papier est d'autant plus forte et brutale que bon nombre d'entre eux signent des contrats d'une durée d'un an. Ces éditeurs vont ainsi subir en janvier une surfacturation considérable, cela au moment où le marché des vieux papiers et cartons entament son repli. Les prix de ces produits rendus chez les récupérateurs baissent actuellement, à la suite du tout récent recul des prix à l'exportation.

La rareté de l'offre de produits récupérés en Europe est d'autant plus importante, nous dit un fabricant, que les prix du papier journal vendu à la grande exportation sont encore de 20 à 25pc supérieurs aux nouveaux prix européens.

CAPACITÉS INSUFFISANTES

D'après les fabricants de papier, l'actuel déséquilibre du marché découle de l'insuffisance mondiale des capacités de production en ces temps de haute conjoncture. Il provient aussi de la légère baisse de l'offre de papier journal traditionnel, provoquée par la modernisation des outils existants en vue d'y produire des qualités de papier améliorées.

Les coûts de production des papiers sont aussi gonflés par la cherté de l'énergie, que nos papetiers consomment pourtant avec parcimonie grâce au recours à la cogénération pour plus de 60 de la production belge; celle-ci assure une économie d'énergie de quelque 30pc. Les hausses salariales décidées lors des négociations sociales vont également gonfler les coûts.

Quoi qu'on puisse tenter pour régulariser un tel marché, l'on ne doit pas se faire des illusions: l'industrie papetière est un des secteurs les plus cycliques qui soient.

© La Libre Belgique 2000