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La Société Générale a affirmé dimanche que la fraude dont elle affirme avoir été victime de la part de l'un de ses traders portait sur environ 50 milliards d'euros et en a détaillé le mode opératoire. Lors d'une conférence téléphonique, son directeur général adjoint, en charge de la banque de financement et d'investissement (BFI), Jean-Pierre Mustier, a précisé que le trader mise en cause a utilisé ses techniques frauduleuses "fin 2006 début 2007, en commençant par de petites transactions".

Dans un communiqué, la banque indique que la hiérarchie du trader et celle de son département n'ont été alertées que le 18 janvier après qu'une position anormalement élevée eut été détectée dans les jours précédents et que les explications fournies par le trader eurent conduit à des contrôles complémentaires. Ce dernier, identifié depuis comme Jérôme Kerviel, 31 ans, a été placé en garde à vue samedi. "Rien à ce stade ne permet de penser qu'il a bénéficié de complicités, tant internes qu'externes", a réaffirmé M. Mustier.

Il était en principe chargé d'effectuer des opérations "d'arbitrage" sur des portefeuilles constitués de produits à terme sur trois indices boursiers européens, le Dax (Francfort), le FTSE (Londres) et l'Eurostoxx, un indice composite regroupant des actions d'entreprises européennes. Les opérations d'arbitrage consistent à vendre ou à acheter en fonction de l'écart de valeur, souvent minime, entre un portefeuille A et un autre portefeuille B. "Le trader a introduit au sein du portefeuille B des opérations fictives, afin de laisser croire que ce portefeuille venait bien compenser le portefeuille A qu'il avait acheté", explique la banque.

Et pour que ces opérations fictives ne soient pas identifiées, il a privilégié des transactions qui "limitaient les occasions de contrôle", ne donnant pas lieu par exemple à des mouvements de trésorerie. Il aurait aussi usurpé les codes d'accès informatiques d'opérateurs du middle-office et falsifié les documents "lui permettant de justifier la saisie de ses opérations fictives", selon la banque.

Le 18 janvier, la Société Générale repère une position "anormalement élevée" qui la conduit à demander à la "contrepartie", c'est-à-dire l'autre intervenant sur le marché avec lequel l'opération est réalisée, si celle-ci a bien eu lieu. "Mais le mail de confirmation apparaît suspect" et "une équipe est immédiatement constituée pour investiguer", souligne le communiqué. Le 19 janvier, la hiérarchie du trader n'obtient pas de lui des réponses satisfaisantes et la contrepartie indique qu'elle ne reconnaît pas ces opérations.

Le 20 janvier, l'ensemble des positions prises par le trader est chiffré, soit "environ 50 milliards d'euros", dont 30 milliards sur l'Eurostoxx, 18 milliards sur le Dax et 2 milliards sur le FTSE, a précisé M. Mustier. Le PDG de la banque, Daniel Bouton, avertit le Gouverneur de la Banque de France et la Société Générale décide de liquider ces positions le plus rapidement possible.

"Conformément à la réglementation des marchés", elle décide "de reporter toute communication sur cette découverte et les résultats estimés jusqu'à la clôture de la dite position". Entre le 21 et le 23 janvier, les positions sont dénouées, sans toutefois jamais dépasser un volume de 10% des volumes traités sur les contrats concernés "afin de respecter l'intégrité des marchés".

Répondant aux accusations d'avoir contribué à la forte baisse des marchés européens le 21 janvier, la banque française a souligné dimanche que "les conditions de marché sont très défavorables" lorsqu'elle décide de solder ces positions. Le 24 janvier au matin la Société Générale informe les marchés de la fraude et de ses conséquences.