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Après trois ans de retard, Athènes est enfin parvenue à vendre l’ancien aéroport d’Helliniko. C’est la société grecque Lamda Development de la riche famille Spyros Liatsis, soutenue par le groupe chinois Fosun et une société d’Abu Dhabi, Al Maabar, qui a remporté le gros lot pour 915 millions d’euros.

Lambda s’est engagé à investir 5,9 milliards d’euros hors prix d’achat si le Conseil d’Etat valide cette cession. Les travaux devraient commencer en 2015 par le tarmac de l’aéroport qu’il faut enlever. Il n’empêche, l’opposition et la mairie d’Helleniko dénoncent ce prix comme dérisoire pour un site de 620 hectares, soit aussi grand que Central Park à New York, face à la mer, avec une vue imprenable sur les îles du golfe Saronique, avec une marina et des installations olympiques. Le tout sur plus de 3,5 kilomètres de côtes. But de l’opération : créer une ville de 30 000 habitants et un pôle d’attraction pour tourisme de luxe, un casino, un centre commercial, une marina de 339 bateaux et 5 000 habitations à moins d’une heure de bateau des premières îles de la mer Egée.

Pour Fereniki Vatabali, architecte qui travaille à la mairie d’Helliniko-Argyroupoli, "cette cession - qui n’est pas encore faite - martèle-t-elle, est un scandale. Nous ne savons rien du contenu du marché. Ce mardi, la Taiped (agence chargée des privatisations, NdlR) est venue s’expliquer au Parlement mais elle n’a toujours pas donné les tenants et les aboutissants de cette vente."

Ce projet est présenté comme le projet immobilier le plus important de la Méditerranée. Son exploitation devrait accroître de 0,3 % le PIB du pays, selon les estimations des experts, et créer au moins 60 000 emplois. "Foutaises, s’écrie Fereniki, ils disaient la même chose avec la privatisation du port du Pirée et on sait maintenant que Cosco a embauché bien moins de gens que prévu."

"Catastrophe architecturale"

Pour l’opposition, mais aussi pour les riverains qui organisent la riposte, il s’agit d’une catastrophe architecturale et écologique et d’un bradage de bien public même si l’offre initiale a été augmentée de 25 % pour être finalisée.

Mais le pire, selon Fereniki, est le manque de transparence de cette opération. "Pourquoi les six autres investisseurs étrangers se sont-ils retirés du jeu pour laisser la famille Latsis remporter le marché ?" se demande-t-elle. Odysseas Athanassiou, directeur général de Lamda, réfute ces arguments. Pour lui, "cet investissement va dépasser les 7 milliards d’euros et améliorer l’environnement d’Attique avec la création d’un parc de 2 000 000 m2".

De fait, avant la crise, le Parlement grec avait sous deux gouvernements différents, socialiste et conservateur, validé la création à Helliniko d’un grand parc, le plus grand des Balkans. Pour Aris Kalipolitis, membre du Taiped, la société chargée des privatisations en Grèce, "le pays n’a pas le choix. Si ces privatisations n’avancent pas, cela entraînera de nouvelles mesures d’austérité". D’où les récentes mises en vente, la semaine dernière, de bâtiments historiques au pied de l’Acropole : 220 bâtiments à Pláka, 68 à Anafiotika, 108 à Akadimia Platonos, où se trouvait l’académie de Platon, 40 autour du cimetière antique de Kérameikos et 355 dans la cité médiévale de Rhodes.

Pour un montant de 4,9 milliards d’euro dont 2,7 ont été encaissés, 17 projets ont été menés à terme. La Grèce s’est engagée auprès de ses bailleurs de fonds, l’Union européenne et le FMI, à procéder à un vaste programme de privatisations de 9,5 milliards d’euros d’ici 2016, dont 3,5 milliards doivent être encaissés en 2014. Le produit de toutes ces privatisations ira directement sur un compte à Londres au profit des créanciers dans le but de réduire la dette nationale estimée à 175 % du PIB.