Entreprise

Vendredi dernier, quelques jours après la mise à l’agenda des premières réunions de négociation (ce mardi 27 avril et le lundi 3 mai) entre direction et syndicats de Carrefour, ces derniers annonçaient une grève générale pour le jeudi 30, à la veille du long week-end du 1er mai. Un "signal d’avertissement", disaient-ils, que la direction belge du distributeur français prenait assez mal: "Avec consternation" et "totale incompréhension", indiquait-elle dans un communiqué. Et de faire valoir l’ouverture au dialogue dont elle avait fait preuve "tant à l’occasion des 9 conseils d’entreprise que dans les 57 réunions locales" qui se sont tenus depuis le 23 février, date de l’annonce de son plan de restructuration. La direction de Carrefour juge "totalement incompréhensible" cet appel à la grève "avant même le début des premières négociations, et donc avant que quelque contenu ne soit connu."

Ce point de vue est partagé par pas mal de franchisés du groupe. Certes, la grève ne concerne "que" les 56 hypermarchés et 61 supermarchés dits intégrés (c’est-à-dire que Carrefour gère en propre), et non les magasins franchisés, à savoir 320 supermarchés et près de 200 Carrefour Express. Il n’empêche, la grogne et la possible infidélité de la clientèle pourraient rejaillir aussi sur eux. Ainsi que sur les syndicats de Carrefour qui n’ont pas bonne presse. Pour certains observateurs, ils vont trop loin.

"Vu de l’extérieur peut-être", réagit Myriam Delmée, vice-présidente du Setca, "mais pas vu de l’intérieur. La semaine dernière, la direction a lancé plusieurs signaux visant à désolidariser les travailleurs. Ce climat de double langage est fatigant; c’est ce qui nous a fait changer notre fusil d’épaule. D’autant qu’il donnait l’impression que Carrefour cherchait à gagner du temps pour passer à l’aise les longs week-ends de mai, nous tirer par le bout du nez jusqu’en juin et puis nous pousser à accepter tout et n’importe quoi avant les vacances " Elle convient toutefois que cet appel à la grève générale aurait dû être annoncé à la seule direction, pas à la presse: "Même si les chances restent ténues", précise Myriam Delmée, "les résultats de la réunion de ce mardi pourraient changer la donne"; il n’était donc pas nécessaire d’ébruiter cette menace. "Un appel à la grève n’est jamais définitif, ajoute-t-elle. On verra ce mardi s’il garde sa pertinence. Lors de cette première réunion de négociation, on veut des réponses claires, des avancées significatives, et pas se contenter de mettre la méthodologie au point. Ce n’est pas parce que Mestdagh reprend 19 magasins que tout n’est pas à construire." "On veut négocier sur base de ce qu’on a obtenu en 2007", poursuit-elle, pointant entre autres l’amélioration de la situation des départs volontaires et prépensions, ainsi que l’élargissement à tout le groupe des reclassements et mutations, c’est-à-dire aussi bien pour les travailleurs des magasins susceptibles de fermer, que ceux repris par Mestdagh ou franchisés. "Ce sont des choses sur lesquelles on peut avancer très vite", juge-t-elle. Ce qui ne sera certainement pas le cas d’un éventuel changement de commission paritaire, ou du blocage de l’indexation des salaires, "un enjeu qui va bien au-delà de l’entreprise".