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ÉVOCATION

C' est une Maserati des mers ». C'est avec une pointe de fierté que Pierre Lallemand présente l'Ionic 39. Le bateau dont il a rêvé devenu réalité. Un prototype grandeur nature qui navigue et sait se faire séducteur. Architecte et designer (fondateur Art & Build Architect) de son état, Pierre Lallemand cherchait depuis deux ans «LE» bateau qui réponde à ses aspirations et surtout probablement à ses exigences. Sans succès.

Réflexe professionnel, il a dès lors imaginé et... dessiné lui même le bateau de ses rêves. Et comme l'homme n'est pas qu'un doux rêveur. Il est même très obstiné. De dessins, en esquisses en passant par des plans établis en collaboration avec Gilles Vaton, le célèbre architecte (naval cette fois), le projet est devenu réalité.

Il faut dire que Pierre Lallemand est coutumier du fait. Il a déjà imaginé une lampe qui a rencontré un grand succès (gamme de luminaires Moonlight) et planche actuellement sur un vélo révolutionnaire.

Bref, aujourd'hui, on le retrouve à la barre d'un voilier qui ne laisse personne indifférent. Avant même sa construction, les plans ont été publiés à de très nombreuses reprises dans les revues nautiques les plus prestigieuses.

Dans le port de Zeebrugge quand Eos (le fameux proto) sort pour un test en mer, les regards sont admiratifs. Et interrogatifs. Ce voilier a une ligne unique. Pourtant elle a quelque chose de familier à tous les amateurs de belle navigation. C'est qu'elle est inspirée des fameux 8 et 12MJ du début du siècle. Très épurée. « Ce bateau offre un rapport à la mer exceptionnel » s'enthousiasme Pierre Lallemand en contemplant le pont pratiquement plane de l'Ionic 39. Comme l'était celui de ses glorieux ancêtres.

Dès que l'on pénètre à l'intérieur de l'embarcation, on est frappé par l'importance du volume. Il faut y voir une astuce technique: la poupe et la proue sont plus basses que le bau maximum. « Ce qui confère au bateau une rigidité exceptionnelle grâce à l'effet de voûte » précise l'architecte. L'aménagement intérieur bénéficie évidemment des mêmes soins que le reste du bateau. On se croirait un peu dans un loft. Le bois est évidemment omniprésent et les espaces bien pensés. Notamment, un système de table coulissante qui permet de dégager le carré lorsque l'on navigue. Bien utile pour accéder au jeu de voile en régate.

Car, l'Ionic 39 est un véritable bateau de course-croisère. Les performances sont assez exceptionnelles. « La vitesse était l'une de nos préoccupations explique Pierre Lallemand car nous nous adressons à une génération qui a été éduquée avec les catamarans ».

Le succès rencontré par le projet a incité Pierre Lallemand à aller au-delà de la construction de son propre bateau. C'est véritablement une nouvelle marque qui est en train de voir le jour.

La société Ionic a été constituée et l'architecte a été rejoint par un ex-promoteur immobilier, Paul Delesenne (fondateur de Codemer) et un ex-entrepreneur, Jean-François Thiran (groupe éponyme). A trois, ils ont déjà investi « un peu plus d'un million d'euros » dans l'aventure. Avec un résultat très concret Eos que l'on retrouve en Méditerranée ou en mer du Nord selon les besoins. Pour des tests et des démonstrations avec des clients potentiels. «Cette phase de test grandeur nature avec un prototype est très coûteuse reconnaît Paul Delesenne mais elle nous permet de relever les défauts et imperfections qui apparaissent à l'usage afin de rendre le bateau encore meilleur ».

Car, il s'agit d'un produit qui vise «une niche de marché d'exception». Il faut dire que chaque unité sera facturée entre 500 et 600000 €, hors TVA et sans les voiles. « Ce sera un des seuls voiliers de plaisance en carbone avec une telle qualité de finition à tous les niveaux que ce soit le gréement, l'accastillage ou encore l'aménagement intérieur » affirme Paul Delesenne.

Les dernières modifications devraient être apportées aux plans au cours du mois d'octobre après une nouvelle série de tests dans les prochains jours dans la Baie de St-Tropez. Ensuite, les trois associés finaliseront la convention avec le chantier qui fabriquera le bateau. Les premières livraisons sont prévues dans un an. D'ici là, la famille Ionic se sera agrandie avec l'arrivée de deux nouvelles unités (49 et 59 pieds).

Enfin, pour boucler la boucle et justifier un prix qui peut paraître astronomique au commun des mortels, Paul Delesenne fait à son tour référence à l'automobile en expliquant que la différence de prix entre un Ionic 39 et un bateau de série de même taille (11,70 mètres) est largement moindre qu'entre une Maserati et une golf.

De toute façon, ce bateau ne s'adresse pas au commun des mortels mais bien à ceux pour qui « la beauté est une fonction en soi » selon la jolie formule de Pierre Lallemand.

Webhttp://www.ionicyachts.com

© La Libre Belgique 2003